Portrait:

 L' ARSOIE, UNE ENTREPRISE CÉVENOLE (bas et vêtements de soie) 

 Qui se souvient que la petite ville de Sumène, à côté de Ganges, comptait dans les années 1970 près de 700 emplois dont 600 relevaient de l’industrie textile … il existe encore une entreprise familiale,L' Arsoie, spécialisée dans la production de bas et de collants haut de gamme, avec plus de 25 salariés et un chiffre d’affaire de l’ordre d’1,5M d’euros fin 2016. Nous sommes allés à la rencontre de Serge Massal, descendant des créateurs de l’entreprise et patron de l’affaire dont le début de l'activité se situe dans les années 1919/1920. A l'origine les villages français. A partir des années 1950, une nouvelle concurrence se fait jour avec l' la  Société des Cartonnages Germain Massal produisait  des emballages pour  les bas de soie des Cévennes, qui étaient exportés entre autres pour les cours royales et impériales d'Europe. Peu de temps après, Germain MASSAL ajoute une corde à son arc en se lançant dans la fabrication des authentiques bas couture avec la création de L'Arsoie. Après la 2° guerre mondiale, des métiers rectilignes modernes de grande production de 18m de long et d un poids de 20 tonnes sont achetés afin de livrer les milliers de magasins de bonneterie qui fleurissent dans apparition des « machinettes » dites métiers sans couture qui vont accélérer la disparition des métiers rectilignes à bas, dit métiers cotton .En effet sur une machinette les bas nylon sans couture sont tricotés en 10 minutes, alors qu'il faut 1h pour les produire sur métier cotton. Dans les années 1965/1970 l'Arsoie effectue une nouvelle diversification en se lançant dans la fabrication de vêtements textiles. C'est l'époque des Beatles, et l'entreprise produit et vends dans de grandes quantités le sous-pull que portait le groupe de rock. André Massal, neveu de Germain, devient Pdg dans les années 1970 et l'Arsoie et sa marque CERVIN sont alors diffusés dans plus de 3000 magasins en France. L'entreprise emploie plus de 50 personnes et ouvre une succursale à GIGNAC employant une dizaine de personnes.

...la suite dans le Grillon papier de juillet/août 2017

Fred Bourguet

 

Portrait:

 Eliette Tardres-Lacassin, une lasalloise passionnée, peintre avant tout

 

Eliette Tardres peint soit sur une toile du commerce, soit sur un vieux drap de lin.

Elle étale une couche de poudre de marbre avec un rouleau fin, une spatule ou les doigts, selon le résultat désiré, plus ou moins lisse.

Parfois un passage de couleur puis un marouflage de papier végétal qu’elle travaille avec les doigts pour créer des plis plus ou moins importants.

Ensuite vient le moment de la peinture …selon l’inspiration de l’artiste

 Eliette peint toujours en atelier mais en s’inspirant de la nature.

 

 Eliette Tardres, fille unique, est « un pur produit de la vallée de la Salindrenque ». Elle est née à Lasalle mais ses grands-parents paternels étaient des paysans artisans de Raïne.

De retour de la guerre, en 1916, son père amputé des deux jambes, épouse Eva Pantel du Grand Viala et le couple s’installe à Lasalle en ouvrant un magasin de chaussures en 1932.

« Le frère de mon père exploitait cette magnifique propriété des Glycines qui était mon Paradis dans mon enfance. »

Avec la sœur ainée de son père, ses parents ont occupé la maison Pagès, première maison de la rue Basse à La Croix.

« C’était comme au Moyen-âge, une maison à l’ancienne : le magasin de chaussures sur la rue et dans la suite, l’atelier de mon père. Derrière une fenêtre était installée ma tante, à sa machine à coudre. Elle était couturière.  Il y avait une vraie vie de village à l’époque et peu de voitures. Beaucoup de commerces à La Croix. »

Eliette fréquente l’école communale de Lasalle avec Mme Gaillard puis Melle Lafont.

Après un essai manqué de 6e à Nîmes, elle intègre directement la 5e à St Hippolyte. Prenant le car Atger, elle retrouve, au col du Rédarès, tous les matins, ses amis Maurice et Hélène Pougnet, les enfants du directeur des Amariniers.

 Pierre Monteil et Raymond Chassouan faisaient faire du théâtre aux jeunes de 14, 15 ans : Eliette, Alain Robert et les autres.

 

Ensuite l’Ecole Normale de Nîmes. Son professeur de dessin et peinture la présente, l’année du Bac, au Concours Général. Eliette Tardres obtient le premier prix pour un portrait de jeune garçon

« C’était quelque chose à l’époque : réception à la Sorbonne, où je suis entrée reçue par la Garde Républicaine, prix remis par le président Coty…La gloire de Lasalle ! »

 

 La jeune fille prépare ensuite, au lycée Claude Bernard à Paris,  le diplôme de dessin et arts plastiques pour le professorat. Elle a beaucoup apprécié la vie parisienne, mais sa rencontre avec André Lacassin, instituteur dans le Gard et féru de peinture va changer ses projets ! Elle redescend dans le sud et poursuit ses certificats par correspondance tout en faisant des croquis aux Beaux-Arts de Nîmes avec entre autres, J.Marie Granier comme professeur.

Après son mariage avec André Lacassin, puis avoir donné naissance à son fils, elle renonce à présenter le CAPES et devient institutrice à Gagnières où les époux Lacassin ont eu un poste double….tout en continuant à peindre !

Puis la famille s’installe à Alès, chacun ayant une classe à Cendras, école grandissante grâce aux mines.

 

André Lacassin, muté à Alès et désirant se consacrer à la peinture, travaille à mi-temps puis s’arrête. Quant à Eliette, restée 17 ans à Cendras, elle demande rapidement un mi-temps… pour la peinture.

 

...La suite dans le Grillon papier de mai/juin 2017

 

propos recueillis par Guillemette et Alain Chevallier

 

 

 

 Portrait

Fabaron " Le Cévenol "

 

Tous les lasallois connaissent Jack Fabaron, pour sa gouaille comme pour son entreprise de traiteur. Il fait travailler 25 personnes à temps plein, plus des extras pour servir les repas. Un homme fier de son œuvre.

 

« J’ai eu une grosse chance de tomber sur des gens qui étaient près de moi. »

 Né à Lasalle, Jack Fabaron a été en partie élevé par sa grand-mère.

 « Ma grand-mère de Générargues. Oui, ma grand-mère, en 1907, lors de la crue qui s’est retrouvée en culotte. » Le moulin de ses parents était anéanti.

 « Mon grand-père était un marchand drapier de Saint Gaudens en Haute-Garonne. Quand il arrive à Générargues en chemise blanche et boutons de manchette avec ses cheveux tout bouclés et que ma grand-mère voit arriver ce bonhomme… popopofff ! Elle lui a mis le grappin dessus. Elle était très jolie !

C’était pas n’importe qui ma grand-mère. Elle lui a fait acheter une propriété « La Rode ». Ils ont replanté les vignes. En 1930 il portait le vin blanc dans les cafés de Lyon. Il était aussi bon sinon meilleur que du Bourgogne aligoté ! Ils ont gagné de l’argent ! Mon père est tombé amoureux de ma mère qui travaillait à Nîmes, et ça plaisait pas à Mr et Mme Fabaron, car elle était de la ville et intelligente et voulait pas rester à la campagne. Après il y a eu la guerre de 40, mon père est rentré au maquis et ma mère, à vélo, allait aux Aires lui apporter des choses. »

 Ensuite le père de Jack Fabaron est entré à la mine à Saint Félix de Pallières et sa mère à l’usine Paulhan de Lasalle. Dès l’âge de 5 ans, le petit Jack était dans la boulangerie d’Ezio Maremi (beau-père du ferronnier Jean Danielli) :

 « J’ai pris l’odeur du pain et de la levure. Je sens la levure quand on la met dans la pâte et je pense à Ezio. A 8 ans je sortais la fournée de pain du four. »

 A treize ans, avec une dérogation académique, il est apprenti de pâtisserie pure pendant 3 ans à Alès (maison Colançon, rue Sauvage).

 « J’ai appris la base de la base de la base archaïque. Six jours sur sept et dix heures par jour. Nourri logé pour cinq francs par semaine, prix d’une place de cinéma.»

la suite dans le Grillon papier de mars/avril 2017.

Guillemette Chevallier et Christiane Lafont

 

 

 

 

 

 

 

 

 Portrait

Jacqueline de Coninck, une cévenole dans l’âme, artiste peintre.

 

Nous sommes allés à la rencontre de Jacqueline de Coninck, chez elle, dans sa ravissante maison de Soudorgues, ce village qu’elle aime tant. Jacqueline est née à Madagascar, dans un modeste village des hauts plateaux, devenu aujourd’hui la villégiature des milliardaires fuyant l’extrême pollution d’Antananarivo... La route serpente de 1200 à 1600 m d’altitude entre de sublimes petites rizières concentriques, aux couleurs fauves, étagées sur  les pentes volcaniques. Son père a été missionnaire au Cameroun pendant 3 ans, à Madagascar pendant 20 ans, ses deux grands-pères ont été missionnaires au Gabon, Cameroun, Lesotho et Afrique du Sud. Vie très heureuse en brousse, dans quatre villages différents, jamais plus de trois ans au même endroit. Elle passe ses premiers mois  sur le dos de sa « nénène » (petite mère) et pleure quand celle-ci la rend à sa mère accaparée par une sœur aînée handicapée. A Soavinandrina, elle joue et apprend le malgache avec les filles du cuisinier Myriam et Flao. Les deux seuls copains blancs venaient prendre, à la maison, les cours que dispensait leur mère. Deux classes primaires dans deux pays différents, trois lycées, trois fac de droit : Genève, Tours, Paris, une maîtrise obtenue en 68.

Et puis, en 1979, elle a créé un restaurant gastronomique " Le Poivre ", près de Grenoble, avec le père de ses enfants, expérience harassante mais très enrichissante sur le plan humain. Au bout de neuf ans elle quitte mari et restaurant... Après quelques " galères salariées " elle devient  agent commercial pour une marque de cosmétiques haut de gamme : c’est comme ça qu'elle rencontre Gérard, son nouveau compagnon, au milieu d’une centaine de convives du restaurant Concorde Lafayette !

Le Grillon - La raison de ta présence dans les Cévennes ?

Jacqueline de C. : « Mon arrière-grand-père maternel, venu de Suisse, a été pasteur aux Plantiers où j'ai découvert les baignades en rivière avec les cousins, la cueillette des framboises et myrtilles à Aire de Côte, les omelettes aux cèpes... Ma maman avait été directrice du « Bon Repos », maison de vacances protestante de Soudorgues, où la famille se retrouvait, pour les vacances, avec frères et sœurs éparpillés dans le monde. A 27 ans la traversée du Mont Lozère, de l’Aigoual et du Causse Méjean avec six autres randonneurs a été un éblouissement. A Soudorgues j'ai pu louer, puis ensuite acheter, voici 40 ans, la maison que j'habite aujourd'hui avec mon mari. »

 

Le Grillon - Comment es-tu venue à la peinture ?

la suite dans le Grillon papier de janvier/février 2017...

 

 

 

 Portrait

  

Martine Woellet, boulangère-artiste peintre

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Il existe deux types de villages : ceux qui ont une boulangerie et les autres. Monoblet a cette chance : le parfum du pain, qui se glisse d'une arrière-cour directement dans vos papilles, et qui vous met tout de suite dans un état de bienveillance joyeuse et de douce euphorie. « Va chercher le pain ! » Qui associerait un souvenir négatif à cette injonction enjouée ? La boutique est, comme on l'imagine, garnie d'étagères bien rangées, de pains divers selon les goûts et régimes, de gâteaux et autres friandises... Sauf qu'ici : c'est aussi une galerie de peinture !

 

Martine Woellet est native de Lorraine dont elle garde encore un léger accent exotique pour nos contrées méridionales. Elle est venue pour la première fois dans les Cévennes pour les vacances, voici une quarantaine d'années : sa mère avait trouvé un gîte à La Roque, près de Ganges, et toutes deux sont tombées amoureuses de la région. Elle avait une vingtaine d'années et, alors qu'elle avait toujours été intéressée par la peinture, et reconnue comme douée à cet égard par l'école, elle n'avait pu s'inscrire aux Beaux-Arts comme elle l'aurait souhaité car, à l'époque, c'était une démarche considérée comme sans avenir professionnel, réservée à « certains milieux » sociaux et intellectuels. Aussi a-t-elle fait des études de comptabilité (des études « sérieuses ») comme sa mère le souhaitait pour lui assurer un avenir. Et elle avait laissé tomber crayons, gommes et pinceaux. Jusqu'au jour où...

 

Mais d'abord il a fallu que, rencontrant un compagnon de route, ils créent tous les deux le restaurant « Le Major » à Monoblet. D'où installation à Monoblet. Puis, quelque temps après, en 1989, elle s'inscrit au club « La Palette cigaloise » à St Hippolyte du Fort.... Elle n'avait pas tout-à-fait fait le deuil de ses envies de peinture sans doute. Après deux ans de travail avec M. Combernoux, malheureusement décédé, arrive M. Fabre, ancien professeur aux Beaux-Arts de Nîmes... Il voit ses paysages cévenols, ses joueurs de pétanque sur la place du village et il lui dit : « Laissez tomber tout ça ! » Il l'introduira à la connaissance de l'histoire de l'art et notamment du surréalisme, avec des peintres comme Dali et Max Ernst... »

 

Elle qui peignait avec peu de couleurs, dans des tonalités sombres, se met à faire resplendir toute une palette de teintes vives et, à mesure qu'elle découvre les techniques (acrylique, huile, pastel etc.) voit s'ouvrir un monde imaginaire qui va l'emporter dans une démarche créatrice foisonnante ... « Ce fut une révélation fabuleuse ». Elle expose ses toiles dans la salle du restaurant et, très rapidement, commence à vendre : « Ça m'a boostée » dit-elle avec simplicité !

 

Puis séparation d'avec son compagnon et quelques années plus tard mariage avec le boulanger, lui-même divorcé. Elle sera la « boulangère » du matin. Et l'après-midi, dans l'atelier qu'elle a aménagé dans une autre partie de la maison, elle va travailler très sérieusement la peinture.

 

M. Woellet : « J'essaie aussi d'aller voir des expositions : à Aix-en-Provence, à Montpellier, voici quatre ans je suis allée à Paris voir l'expo « Edward Hooper ». Il m'a impressionnée ! Ça me plaît beaucoup et j'ai fait toute une série dans ce style avec le côté « scène banale » (une secrétaire qui travaille tout en regardant au-dehors par la fenêtre) mais qui suggère un arrière-plan énigmatique (A quoi pense-t-elle ? Que veut cet homme à côté d'elle ?). J'avais fait beaucoup de sujets avec les couleurs du midi, les paysages, le soleil, les scènes typiques... Les expositions qui j'ai visitées ont changé ma vision et mon inspiration. Là (elle montre un tableau), j'avais peint la « mer de rochers » de Sauve dans une tonalité particulière : à la fois un environnement très sombre, monochrome, et une lueur qui émerge... C'était mon état d'esprit du moment. Mon côté « noir ». Puis ma vie a changé et ma peinture aussi avec d'avantage d'harmonies et de couleurs. Je ne fais pas vraiment de l'abstrait mais je fais souvent jaillir des silhouettes ou des formes d'un tronc d'arbre, d’entrelacs végétaux exotiques et, parfois, on peut regarder le tableau dans les deux sens et y voir des choses différentes. Ici c'est ce qui m'est apparu dans le mûrier du restaurant L'Amourié à Saint-Hippo, en 2012. »

 

Le Grillon : « Et vous exposez ? »

 

M. Woellet : « J'ai fait ma première exposition avec mon professeur, M. Fabre, à Carnon sur le port en 2000. C'est là que j'ai vendu mes trois premières toiles « surréalistes ». Depuis j'ai exposé au Grau du Roi, à la Grande-Motte, à Ganges, Béziers, Montpellier... »

 

Le Grillon : « Vous arrivez à vendre vos peintures » ?

la suite dans le Grillon papier de novembre/décembre 2016

 

Michelle Sabatier

 

 

 

 Portrait

 

 Laurent Julien, dit « Rambo »

 

  

Laurent Julien, dit Rambo, 47 ans, est enfant du pays. Très attaché à ses Cévennes, il mesure sa chance d’avoir trouvé du travail au camping de la Pommeraie, à Thoiras,  et ainsi de pouvoir vivre à Lasalle. Or, en 2014, après 25 ans d’ancienneté et un lien particulier à ce lieu, Laurent est licencié économique. C’est un véritable séisme dans sa vie. Mais Laurent est un battant et la situation économique de sa région ne l’effraie pas. Le goût du travail, le sens de l’effort se transforment en gniaque agissante. Cette énergie l’aidera à changer de branche professionnelle et à réapprendre un nouveau métier : celui de maraîcher. Se souvient-il alors que son surnom, Rambo, est l’appellation d’une pomme américaine ? Le destin est parfois surprenant…

 

Retour sur le parcours méritant d’un homme qui s’est construit tout seul.

 

 

 

Vous souriez toujours, Rambo ? Quel regard portez-vous sur la vie ?

 

Ma vie, je la vois à Lasalle. Quelquefois, je me demande si j’arriverai, dans le temps, à vivre de mon nouveau métier, maraîcher. J’aime réussir ce que j’entreprends et j’aimais vraiment mon travail précédent au camping de la Pommeraie. Je pensais y passer toute ma vie… mais cela n’a pas été possible.

 

 

 

Un petit retour dans le paysage de votre enfance ?

 

Je suis né à Ganges et j’ai passé ma première année de vie à Thoiras, en face du camping de la Pommeraie. Puis mes parents, Pierre et Thérèse, ont déménagé à Lasalle et depuis, j’y suis resté. Mon père, surnommé Rabette, était très proche de Lucie et Jean Viala qui tenaient le café de la Bourse à Saint-Hippolyte-du-Fort. Jean et mon père étaient cousins éloignés par alliance. Le café était une institution au village. Ça marchait super bien. Jean avait le sens du commerce, le bar était toujours plein. Mon père l’aidait les jours de loto. C’était drôle car tous les cartons étaient frappés au dos de son nom. C’était en quelque sorte mon oncle éloigné et j’étais fier de lui. Cet homme avait de l’ambition. C’est comme ça qu’ils se sont lancés, avec mon père, dans la plantation de pommiers dans un champ acheté par Jean Viala à Thoiras. Il voulait vivre de la production de Golden. Mon père l’a suivi dans tous ses projets. Il lui faisait une confiance absolue.

 

 

 

Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?

 

Jean et mon père, au début des années 60, ont préparé le pré, planté et soigné les pommiers. Mais la production ne rapportait pas suffisamment. Jean Viala n’en était pas satisfait. Comme il était entrepreneur dans l’âme, il a décidé de faire un camping à la fin des années 60. Tout petit, je les accompagnais au champ de pommes et au camping; j’aimais les aider. J’étais le seul garçon de ma famille  (j’ai 3 sœurs) et Jean n’avait pas d’enfant. Je crois qu’il m’aimait bien, Jean. C’était un homme gentil et respecté de tous. Rabette et Jean travaillaient ensemble à la création du camping. Je sais que mon père a planté des peupliers pour faire de l’ombre et définir des emplacements pour les tentes et les caravanes. Au début, c’est un simple puits qui alimentait le camping. Le nom de « La pommeraie » est né le 18 juillet 1971.

 

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la suite dans le  Grillon papier de septembre/octobre 2016

 

 

 

  Portrait

 

Jean Pierre Buxo, notre accordéoniste lasallois

 

 

Les lasallois ont obligatoirement rencontré Jean-Pierre, soit dans la rue, promenant nonchalamment sa silhouette massive, soit avec son accordéon lors d’un concert sur la place, sous la Halle du marché ou à la Filature du pont de fer.

 

Sa famille ?

 

Son père, sa mère et sa sœur. " Un noyau soudé à un point incroyable. Si je ne me suis jamais marié, c’est qu’il y avait un tel amour entre mes parents que je pensais ne jamais pouvoir reconstituer ça. Une tendresse incroyable. Et pourtant, j’en ai eu des amours ! ". Une enfance très heureuse, un peu en autarcie. Son père travaillait au grand centre des chèques postaux de Paris tandis que sa mère était à la maison. " Je vais vous faire rire, quand j’avais 12 ans, j’étais rachitique et pesais 40 kg en mangeant beaucoup ! ". Jean-Pierre n’a pas de bons souvenirs de son adolescence. C’était un très bon élève mais " quand on travaille avec un ramassis de connards, on ne peut réagir qu’en connard... ". Opéré d’une thyroïde déficiente, il commence à prendre du poids.

 

Les années de formation

 

Une vieille dame de soixante-dix ans qui lui donnait des cours de piano, l’oriente rapidement vers l’accordéon : " On a fait en deux ans le boulot de cinq ans. Il n’y avait qu’avec elle que je pouvais faire ça. C’était, entre nous, la même histoire que le film que j’ai vu juste après : " Harold et Maud ". Elle est partie rapidement à l’étranger et j’en ai fait une dépression ". Deux années d’histoire-géographie à l’université où il était passionné par la géographie, intérêt qui ne l’a pas quitté. Il a ensuite été rattrapé par " un virus redoutable : la musique ". Une bande de copains sud-américains avec qui il faisait chaque soir la tournée des restaurants et cabarets jusqu’au petit matin... préjudiciable aux études ! Mais des années de bonheur. Folie complète, vie de saltimbanque et heureusement encore hébergé par ses parents. Devançant l’appel du service national, il s'engage dans la marine, à Cherbourg et y découvre les transmissions. Ses compétences en espagnol, acquises grâce à ses copains sud-américains, sont mises en valeur. De très bons moments. Puis il se passionne pour la météo. Hélas, sa faiblesse en math l’oblige à arrêter. Redescendu dans le midi il y trouve un " boulot alimentaire à la Sécurité Sociale ".

 

Les Cévennes

C’était en 1960, il a 12 ans, la famille vient voir une tante à Anduze, qui possède également une maison à Lasalle. Un premier été à l’hôtel des Camisards, puis location les années suivantes rue Basse. En 1968, son père achète la maison. Jean-Pierre est immédiatement séduit par Lasalle

 

la suite dans le Grillon papier de mai/juin 2016

 

 

Portrait:

 

  Puro-Libertad Redondo-Odelin

   En 1939, 2459 réfugiés républicains espagnols étaient acheminés dans le Gard par différents convois pour gagner : Le Vigan (415), où ils ont été logés dans la prison désaffectée et dans un immeuble communal dit « La Ganterie », Saint-Hippolyte-du-Fort (308), dans les locaux de l’ancien fort, Avèze (70),  Valleraugue (62), Lasalle (41), Cros (43), Monoblet (39), Montdardier (30) et Pompignan (25) .

 

Parmi ces réfugiés certains sont repartis mais d'autres se sont durablement intégrés à la population locale si bien que c'est à peine si l'on se souvient aujourd'hui de leur origine. C'est le cas de " Libertad " (Puro-Libertad Redondo-Odelin) figure bien connue de Vabres et de Monoblet, qui nous livre aujourd'hui quelques souvenirs. Libertad (83 ans) a été pendant 16 ans la cuisinière de l'école de Monoblet si bien qu'elle connait affectueusement et individuellement plusieurs générations d'élèves qui ont fréquenté cette école où elle-même est entrée à l'âge de 7 ans.

 

 Une vie ouvrière

 

Libertad a été à l'école jusqu'à 15 ans, après le Certificat d'études passé à Lasalle, puis a fait un apprentissage dans la couture à St Jean du Gard et à Montpellier, mais le coût était tel pour sa mère qui l'élevait qu'elle a préféré l'interrompre pour gagner sa vie. C'est ainsi qu'à 16 ans elle est entrée en usine :

 

- pendant sept ans à l'Usine Paulhan de Monoblet : comme celle de Lasalle, cette usine produisait des uniformes pour l'armée (pantalon, veste, cape, caleçon...).

 

- lorsque elle a fermé, et après un mois de chômage, Libertad va travailler à l'usine Baudoin de St Hippolyte du Fort qui produit des sous-vêtements,

 

- quand elle ferme à son tour, elle travaille pendant 7-8 ans à l'usine Eminence d'Alès.

 

Elle se marie, en 1959. Elle s'occupait alors de sa mère, malgré de longues journées de travail (jusqu'à 55 h par semaine y compris les samedi matin) et ne voulait plus la laisser seule trop longtemps. Elle entre alors à l'hôpital comme aide-soignante jusqu'à ce qu'elle ait son premier enfant, à 36 ans. Elle travaille un an à l'usine Laporte tandis que son mari est employé chez le maçon qui a construit le lycée d'Alès. Quand le chantier de maçonnerie se déplace à Nîmes, ils y partent tous les deux. Elle va trouver des emplois de femmes de ménage auprès des institutrices de sa fille. En 1975, quand sa mère décède, elle entre chez Cacharel où elle travaillera environ deux ans, de 5h à 13 h et de 13h à 21 h (avec les heures supplémentaires) ; jusqu'à l'arrivée d'une machine venue d'Allemagne qui permettra de couper les " patrons " avec deux employées seulement laissant les autres sur le carreau.

 

 Le retour à Monoblet

 

Son mari se trouve aussi au chômage, alors ils viennent habiter tous les deux à Monoblet en juillet : tandis qu'il travaille avec son neveu dans la maçonnerie, elle fait quelques travaux de couture pour les uns et les autres. Dès le mois de septembre, elle est embauchée par la mairie pour conduire les enfants de l'école et la cantine et retour. Jusqu'au moment où la cuisinière en titre s'en va. Et la mairie lui propose le poste : " J'aimais pas cuisiner ! Je savais le faire mais je n'aimais pas parce que c'est beaucoup de travail pour être mangé en quelques minutes ! ". Je faisais tout, y compris les courses (à St Christol ou Anduze). Heureusement j'avais passé le permis ! J'ai passé mon permis de conduire en 1961 : on n'était pas beaucoup de femmes à conduire à ce moment-là ! On ne nous livrait que le surgelé et j'allais chez le boucher (Thierry Schweda) à Lasalle pour les saucisses, cuisses de poulet, daube etc. Parfois je commençais la cuisson à la cantine, pendant que je faisais le ménage, puis j'amenais les casseroles chez moi pour finir... Tous les enfants m'appelaient " Tata-Libertad " : 70 à chaque repas...  

 

" De notre arrivée en France, on n'en parlait jamais. Ma mère ne voulait pas revenir là-dessus, il fallait aller de l'avant. Il n'y avait pas plus bonne vivante qu'elle : elle riait tout le temps, et moi c'est pareil. Ma grand-mère avait eu 11 enfants, 11 garçons... A cette époque les hommes faisaient dix ans de service militaire en Espagne, aussi les hommes s'expatriaient. Ma mère avait un oncle à Perpignan, un autre en Italie, un autre en Angleterre... " 

 

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la suite dans le Grillon papier de mars/avril 2016

 

 

Portrait :

 

Thierry Schweda

 

Thierry " le boucher " est un personnage incontournable de notre village, avec sa gentillesse naturelle, ses attentions et sa faconde intarissable. Il nous a paru intéressant d’aller un peu plus loin pour mieux le connaitre.

Le Grillon : Bonjour Thierry, pouvez-vous d’abord nous parler de votre petite enfance ?

Thierry : Mon père était allemand et est arrivé après la guerre (il avait 7 ou 8 ans) à Anduze où était  une petite communauté allemande. Je suis originaire d’Anduze, où je suis né en 1965. Mon père travaillait dans la charcuterie, d’abord à Lédignan puis à Anduze. En fait on peut dire que je suis né dans une charcuterie car on habitait dans un petit deux pièces juste au-dessus !

Le Grillon : Déjà la charcuterie donc, mais avant cela il y a eu l’école quand même ?

Thierry : Oh oui, il y a eu l’école, mais je n’en garde pas un souvenir terrible. J’étais très vilain à l’école, je ne faisais jamais mes devoirs sauf le matin en les recopiant sur les copains ! Et je n’avais que des mauvaises notes ! D’ailleurs à une époque j’avais négocié avec mon prof en lui disant que s’il arrêtait de m’embêter j’arrêterais aussi ! Et ça n’avait pas trop mal marché... Mais ça n’a pas duré bien longtemps car dès l’âge de 10 ans je voulais travailler avec mon père et à 14 ans j’étais apprenti charcutier. J’ai d’ailleurs préparé et passé mon CAP de charcutier-traiteur en candidat libre.

Le Grillon : Une vocation précoce alors !

Thierry : Très ! C’est ce qui me plaisait depuis toujours. Mon père travaillait à ce moment-là chez M. Unterheiner, un des grands bouchers-charcutiers de l’époque. Faut dire qu’Anduze avait alors une grande renommée dans la charcuterie, notamment la saucisse d’Anduze. Et c’est M. Unterheiner, qu’on appelait «.monsieur Laurent », qui avec mon père m’ont tout appris. Je leur dois tout ! Un sacré apprentissage : on travaillait de 5 h du matin jusqu'à midi, puis de 14 à 17 h. Mais je me régalais, tout me plaisait, je commençais en nettoyant le sol puis le travail de la viande, les préparations... L’été on a passé jusqu'à 30 cochons par semaine, je me souviens des chapelets de saucisses... Le magasin était même ouvert le 24 à minuit, les clients venaient après la messe ! Un beau jour monsieur Laurent m’a dit « Thierry passe une blouse propre et viens avec moi ». Il m’a mis à la vente ! J’avais peur et je ne savais pas faire mais il m’a bien accompagné. Je me rappelle il m’avait dit « tu verras, le parfum des clientes est plus agréable que celui de la viande... ».

Le Grillon : Et Lasalle pendant cette jeunesse laborieuse ?

 

la suite dans le Grillon papier de janvier / février 2016

 

 

Portrait :


 Elisabeth Gérony : Une artiste picarde à Lasalle

 

Elisabeth Gérony vit à Lasalle. Cela fait des années qu'elle contribue très activement à la vie culturelle du Val de Salindrenque, et bien au-delà. Depuis 2009, elle s'est installée dans l'Atelier galerie ˝le petit temple˝ dans la rue de la Gravière. Au 126b, pour ne pas vous y perdre. Elle propose depuis des expositions d'artistes, mais aussi des spectacles de musique, de poésie. Il lui est même arrivé de prêter ses locaux pour un défilé de mode proposé par Cyrille Besset, un styliste local !

 

Le Grillon : - Comment s'est faite votre rencontre avec les Cévennes ?

 

Elisabeth Gérony : - Au départ, je n'avais rien à voir avec les Cévennes. Je suis d'origine picarde et je sais même parler le patois. Au début, j'ai fait une formation d'artisan potier. Je suis allée à Lille pour intégrer une maison d'artisans. Mais, j'étais seule avec deux enfants et les locaux et le logement proposés étaient trop petits. De plus, j'avais besoin de gagner ma vie. J'ai décidé alors d'aller travailler sur Paris. Là, j'ai été embauchée dans une entreprise de coffre-forts. Je dirigeais une équipe commerciale. Je gagnais bien ma vie mais j'étais très attirée par une pratique artistique. J'ai négocié mon lundi avec mes collaborateurs. Ils ont été très sympas. Ils couvraient mon absence vis-vis du patron et pendant ce temps je pouvais bénéficier d'une formation artistique aux ateliers de la Ville de Paris, à l'A.D.A.C.(Association pour le Développement de l'Animation Culturelle) et à l'école Martenot. Je prenais aussi des cours du soir et un jour j'ai décidé de quitter mon travail et de m'engager totalement dans cette voie. J'ai travaillé le dessin, la peinture et la gravure avec des professeurs tels que Mme Gauthier-Chartrette, M. Combes. J'ai rencontré Pierre Granier, le fils de Jean-Marie, le célèbre graveur et dessinateur lasallois, lors d'une exposition où j'ai été sélectionnée. Ma professeur Mme Gauthier-Chartrette avait d'ailleurs été formée à la gravure par Jean-Marie Granier.

 

Le Grillon : - Le Grillon a fait un portrait de Jean Marie Granier, en avril 2011. Nous nous étions entretenus avec sa femme José qui nous a parlé du soutien que vous lui avez apporté.

 

Elisabeth Gérony : - J'ai rencontré Jean-Marie Granier à Lasalle. Ce n'était pas évident. Il avait la réputation d'être un ours et de pas aimer ˝les barbouilleurs˝ ; Lui pratiquait la technique de la pointe sèche (taille directe avec un burin ou une pointe) et moi, c'était plutôt l'eau-forte (taille indirecte en utilisant de l'acide). J'ai pris sur moi, et je suis allée le voir. Contrairement à mes appréhensions, j'ai été très bien reçue, par lui et par sa femme José qui est aussi une grande artiste peintre. Elle s'est spécialisée ensuite dans la poterie. C'est donc tout naturellement que j'ai exposé un ensemble de ses dessins plutôt abstraits dans ma galerie du Petit Temple.

 

Le Grillon : - Comment êtes-vous arrivée dans les Cévennes ?

 

Elisabeth Gérony : - Par des amis qui y vivaient. Je suis venue y habiter en 1994. Avec mon ex-mari nous avons beaucoup travaillé pour aménager la maison. On avait tout cassé et tout réaménager. J'y ai tellement travaillé que je ne parlais à personne. C'était aux Grands Bousquets, un petit hameau en dehors de Soudorgues, du côté de Sainte Croix. Nous avons eu la chance d'avoir de très bons voisins : Hélène et André Portalier. Dans la maison, nous avons découvert des tombes. Il y avait deux massifs de tombes. Les pierres étaient disjointes et on pouvait voir les corps et des couronnes mortuaires violettes. Il y avait aussi des tombes dans les murs. La maison s'appelait le Mas Du Ran d'après Marcel Passet mais je l'appelais le Mas d'Elisée (Passet) puisqu'il lui appartenait auparavant... Et depuis, ce nom, le Mas d'Elisée est resté. Je me sentais très bien dans cet endroit et j'avais l'impression que j'y finirai ma vie.

 

Le Grillon : - Et vos activités artistiques ?

 

Elisabeth Gérony : - Dans la maison, je m'étais construit un atelier. J'y faisais aussi des expositions. J'ai beaucoup aimé quand les élèves de l'école de Soudorgues sont venus pour s'initier à la gravure. Ils avaient rejoint la maison à pied. Les plus petits réalisaient les pièces les plus grosses. Nous avons fait des installations dans le grand pré et devant, nous faisions du Land Art. Mais nous n'avons pas pu rester car le berger voulait faire passer ses moutons. Nous avons aussi réalisé des toiles d'araignées en bois, une rivière...

 

Le Grillon : - Mais vous n'interveniez pas qu'à Soudorgues ?

 

Elisabeth Gérony : - Non. J'ai exposé à Paris, Marseille et dans d'autres villes françaises. J'ai eu aussi la chance d'être retenue sur dossier pour des résidences d'artiste au Maroc en 2005 et en Tunisie en 2006. Au Maroc, nous étions logés par une grosse maison de couture. Nous étions trois artistes. Avec moi, il y avait un cinéaste qui travaillait pour Arte. Il faisait des documentaires et une styliste. J'y ai fait une expérience très dure de la solitude dans le désert. C'était juste après mon divorce. Pas le meilleur moment pour choisir la solitude. J'y suis restée trois mois. En Tunisie, on inaugurait le palais Abdelaya qui avait été entièrement refait. Les murs tout blancs n'étaient pas secs et je devais intervenir sur les murs. J'étais la seule française présente. J'utilisais la technique Alla fresca qui nécessite d'agir sur du plâtre frais.

 

Le Grillon : - Et ensuite vous êtes venue à Lasalle.

 

Elisabeth Gérony : - Oui, je me suis d'abord installée dans l'ancienne maison de Christian Cros, et puis j'ai acquis le Petit Temple que j'ai transformé en galerie. Je voulais pouvoir exposer des gens que j'aime. Ma première exposition a commencé en 2010.

 

Le Grillon : - Quel genre d'artistes aimez-vous ?

 

Elisabeth Gérony : - J'aime les artistes qui font de l'abstrait. Des artistes minimalistes. Ce sont des artistes qui réussissent à exprimer beaucoup de choses avec peu de moyens. C'est le contraire du style baroque.  J'ai eu de belles expositions avec Henri Gaud, Sophie Melon, Mehdi Moustashar... J'essaie de proposer des artistes d'un niveau reconnu. C'est intéressant de les faire connaître aux cévenols et aussi d'attirer un public d'ailleurs de collectionneurs qui ne viendraient pas autrement. Pour Moustashar beaucoup de gens sont venus. A la fois des gens d'ailleurs, mais aussi des cévenols. J'aime bien ces mélanges entre connaisseurs et néophytes... Quand on choisit des artistes qui ont quelque chose à proposer, ça marche toujours...

 

Le Grillon : - Comment fait-on pour gérer une galerie ?

 

Elisabeth Gérony : - Il faut savoir gérer beaucoup de contraintes. En premier lieu, il faut savoir chercher les artistes qui correspondent à ce que vous voulez. Il ne suffit pas d'attendre des propositions, même si elles existent et peuvent être aussi intéressantes. Pour l'installation, je ne décide pas seule, mais avec les artistes choisis. En général cela se passe très bien parce qu'il y a une complicité. Après, il y a toute la question de la communication. Les vallées cévenoles communiquent peu entre elles. Et puis ce n'est pas facile de faire venir des gens avec la faiblesse de nos moyens de transports liée à la position géographique particulière de la vallée. De plus, dans notre Communauté de Communes, nous sommes trop excentrés par rapport Aigoual-Cévennes. La Communauté est bien organisée mais Lasalle est trop loin du centre de décision. Nous devons faire beaucoup pour exister dans cette communauté. Beaucoup de choses se font déjà : le Festival du film documentaire, celui de ˝Y a d'la voix , la fête de l'alto ou la journée du rugby...˝ Pour la galerie, il y a toujours les questions financières. On ne peut pas les éviter. Je suis heureuse quand j'arrive à équilibrer les comptes. Je le fais vraiment pour le plaisir, mais j'aimerais aussi que cela ne me coûte pas trop cher.

 

Le Grillon : -Vous vous ouvrez aussi à d'autres formes d'art au Petit Temple ?

 

Elisabeth Gérony : Je travaille avec d'autres associations comme˝poet&psy˝. Je sollicite ˝Orient Impress˝ qui travaille en partenariat avec la galerie... Avec ces associations j'ouvre la galerie à la poésie, à la musique, à la vidéo... En 2011, nous avions créé une animation dans Lasalle, avec l'accord de M. le Maire. On pouvait voir des mystérieuses et monstrueuses traces de pas. Il y avait aussi des fils tendus sur lesquels le monstre faisait sécher ses habits. Le monstre construisait aussi son nid rouge à l'extérieur du Temple avec des tubes. Et on pouvait lire des poèmes suspendus un peu partout. Cela s'est terminé par une expo sur le thème des œufs avec toutes sortes de représentations et aussi de monstres bien entendu. Ce fut un véritable plaisir de sortir et de travailler à plusieurs pour ce projet qui s'efforçait d'impliquer les lasallois.

 

Je me souviens aussi du ˝jardin éphémère˝. C'était à l'époque où M. Méjean était Maire. Avec Yvonne Marchal, nous avions confectionné des fleurs en papier traditionnel qu'on voit pour les mariages. Mais là, les fleurs étaient rouges. Avec un pochoir et des pigments nous avons fait des dessins de feuilles sur le sable. Les bordures étaient en fleurs rouges. Il y avait 160 fleurs. Il y a eu beaucoup de visiteurs. C'était un moment de plaisir purement gratuit comme je les aime. J'ai d'autres projets qui vont dans ce sens de la polyvalence artistique, notamment avec le Roy Art...

 

Le Grillon : - Vous êtes aussi ouverte aux associations ?

 

Elisabeth Gérony : - Naturellement. Je prête le Petit Temple à des associations à l'occasion. Par exemple, à l'occasion du festival ˝Y'a d'la voix˝ organisé par l'Art Scène ou pour des petits spectacles, des chorales associatives. J'avais aussi proposé une exposition sur le bonheur à l'époque où c'était le thème du Festival du film documentaire en 2011 organisé par l'association ˝Champ-contrechamp˝. Les gens devaient apporter des photos qui représentaient à leurs yeux le bonheur. Cela m'a demandé beaucoup de travail. Il m'a fallu tout faire pour assurer la présentation des photos. Au tout début, j'ai participé à l'association de la Filature du Pont de Fer avec Vicky Colombet. Le projet initial m'intéressait. Il était basé sur la notion de paysage. Et puis d'autres sont venus et le projet a changé. Je participe aussi à St Jean à des associations artistiques. 

 

Le Grillon : - Quelles autres activités avez-vous eu autour de la gravure ?

 

Elisabeth Gérony : - J'ai aussi fait de la formation de stagiaires. A cette époque, j'étais la seule, dans le sud, à proposer une technique particulière de photogravure. On travaille d'abord d'après un dessin ou une photo qu'on scanne. Ensuite, on imprime un transparent avec l'ordinateur et on l'assole sur un film photo sensible. Cette méthode laisse beaucoup de liberté à l'artiste. Je l'ai fait pendant 4 ans à Lasalle. Il y avait beaucoup de professeurs d'Arts Plastiques qui venaient de Bordeaux, Paris, de Savoie, d'Espagne... Mais cela me prenait beaucoup de temps et cela se passait en été, pour cause de vacances scolaires. J'ai abandonné cette activité qui n'était pas compatible avec les exigences de la galerie.

 

Le Grillon : - Vous avez beaucoup été influencée par le Japon dans vos œuvres, pourquoi ?

 

Elisabeth Gérony : - Le premier souvenir qui me vient quand je pense au Japon vient de Picardie. Plus précisément chez mes parents et dans les WC. Il y avait là la revue Historia et dans cette revue j'ai trouvé des photos d'Hiroshima. L'explosion nucléaire. Des ombres, des silhouettes projetées contre le béton, les balustrades d'un pont... J'y ai trouvé aussi ma passion pour le gris et le noir. Cette image est restée profondément ancrée en moi jusqu'à aujourd'hui. C'est pourquoi j'aime travailler sur la forme du kimono traditionnel. Le kimono c'est aussi une forme parfaite qui entraine à la méditation et à l'apaisement.

 

Mais j'aime aussi travailler le métal. Je suis née dans le métal. En 1955, la Picardie produisait 75% de la production française de serrures et de robinetterie. Il y avait des ateliers dans toutes les fermes depuis 1870... C'était du travail à domicile. La Picardie de mes origines, c'est le métal et le cul des vaches...

 

Propos recueillis par Monique et Gérard Feldman


 

Entretien avec Jean-Claude Wollès :

 

˝Je suis né sous une bonne étoile˝

 

 

Le Grillon : - Vous n'êtes pas un ˝vieil˝ habitant du Val de Salindrenque mais vous participez activement à la vie associative locale.

 

Jean-Claude Wollès : - C'est vrai, j'habite Saint-Bonnet-de-Salendrinque depuis seulement 7 ans. Mais toute ma vie j'ai participé à des clubs ou à des associations.

 

Le Grillon :- Comment êtes-vous arrivé dans les Cévennes ?

 

J.-C. W. : - Avec ma femme, Micheline, nous sommes venus quand nous étions à la retraite. Nous voulions nous rapprocher de nos enfants et de nos petits-enfants. Notre fille Cécile, est d'abord venue à Montpellier pour ses études. Puis elle a rencontré son mari et ils se sont installés à Lasalle avec leurs deux enfants. Elle y a continué son métier de santonnière. Son frère est venu la voir. Il était photographe-repéreur. Ce travail consiste à trouver des lieux et des décors pour un film, après avoir lu le scénario et discuté avec le réalisateur. Il avait du travail mais iI est tombé amoureux des Cévennes ainsi que sa femme. Il a changé de vie et s'est installé à Saint-André-de-Valborgne.

 

Le Grillon :- Où viviez-vous avant de venir ici ?

 

J.-C. W. : - Assez loin d'ici. Nous vivions dans le Pays de Gex, au pied du Jura, près de Genève. J'ai travaillé au CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire) situé à la frontière franco-suisse. Ce centre n'a rien à voir avec la production d'énergie nucléaire qu'elle soit civile ou militaire. Son seul objet consiste à faire de la recherche pure sur les lois régissant la matière.

Un exemple : les expériences menées par le CERN ont permis de valider la théorie du boson mise au point par le physicien Higgs il y a 40 ans. Le boson permet d'expliquer pourquoi les particules qui constituent l'univers se sont agrégées pour donner naissance à des étoiles et à des planètes, il y a 13,7 milliards d'années. Sans cette particule infiniment petite, rien de solide n'aurait pu se constituer et personne ne serait là pour en parler. Maintenant, on comprend mieux ce qui s'est passé juste après le Big Bang. Le CERN a pu valider cette théorie en l'expérimentant grâce au Large Hadron Collider (LHC) ou accélérateur de particules. Il fait un peu moins de 27 kms de périmètre. Avec les outils de plus en plus puissants, tels que le super microscope géant, on découvre toujours de nouvelles choses. C'est tout à fait passionnant. Le CERN a de gros moyens parce qu'il rassemble de très nombreux pays à l'échelle mondiale. Tous les continents participent, même si les Etats membres sont européens. Il y a plusieurs centaines de physiciens et plusieurs milliers de personnes de toutes nationalités qui y travaillent.

 

Le Grillon :- Quel était votre travail dans ce sanctuaire de la science ?

 

J.-C. W. : - J'étais ingénieur électronicien. Mon but était de préparer des outils pour les physiciens. Pour mon premier projet, j'ai travaillé sur une machine qui analyse les traces de particules qui circulent dans une chambre à bulles. Elle reconstitue leur parcours. Mon dernier projet, concernait le LHC dont je viens de parler. Avant ma retraite, j'ai travaillé au contrôle de la cryogénie, autrement dit, du froid. Le CERN est la plus grande usine de froid du monde. Les températures très basses sont indispensables pour obtenir l'effet supra-conducteur des aimants qui canalisent les particules. La température obtenue doit être plus basse que celle de l'espace intersidéral. Je suis resté 37 ans au CERN et je peux dire qu'avec ce métier, j'ai réalisé mon rêve d'adolescence. J'ai toujours adoré la technologie et les sciences. Alors je voulais soit m'investir dans le monde scientifique, dans le monde spatial, ou dans le monde sous-marin (avec le commandant Cousteau !).

 

Le Grillon :- Vous avez toujours suivi cette voie ?

 

J.-C. W. : - Oui, mais ça n'a pas toujours été très facile. Je suis né à Cannes. Je suis l’aîné de 5 enfants. J'ai eu des difficultés à l'école primaire. Je ne m'y sentais pas à l'aise. J'ai eu un retard de croissance et cela n'a pas favorisé mon intégration. Un conseiller d'orientation m'a même proposé de devenir aide-géomètre. Ce n'était pas très valorisant : l'aide géomètre, c'est celui qui porte les piquets ! J'ai essayé de transformer cette faiblesse en force. J'ai comblé mon retard. Finalement, je me suis orienté vers l'électricité. J'ai passé un examen pour obtenir un brevet, mais je n'ai pas été reçu. Alors je me suis dit que j'allais travailler avec mes parents qui étaient commerçants joailliers à Cannes. Je serais devenu apprenti joaillier. Et puis, surprise, pendant les vacances, je reçois un télégramme m'informant que mon nom avait été oublié sur la liste des reçus ! J'étais donc accepté à l'école que je visais. Après j'ai suivi la filière BTS électronique à Reims et j'ai été tout d'abord embauché au Centre de Recherche de Saclay (Centre d''Etudes Atomiques – CEA) puis  à IBM – Corbeil dans l'Essonne.

 

Le Grillon :- Comment avez-vous pu entrer au CERN ?

 

J.-C. W. : - Grâce à ma femme Micheline. Nous nous sommes mariés en 1969 dans la Région parisienne. Elle a vu une petite annonce du CERN qui recherchait du personnel pour 2 ou 3 postes. J'ai posé ma candidature, je suis passé devant un Comité de sélection et j'ai été pris. Au début, l'installation n'a pas été facile. En 1970, il y avait une grave crise du logement que ce soit à Genève ou à la frontière française. Nous avons même été obligés de camper. Nous avons vécu 6 ans à Nyon, en Suisse, où sont nés nos enfants, Cécile et Olivier, avant de nous installer dans le Pays de Gex.

 

Le Grillon :- Et votre vocation pour le monde sous-marin ? Vous l'avez abandonnée ?

 

J.-C. W. : - Pas tout à fait. Dès mon enfance mes parents avaient un voilier, j’étais aussi scout-marin. Puis lors de mon service militaire le colonel qui dirigeait le 405ème régiment d'artillerie de Hyères, près de Toulon, était passionné par les régates, il m’a demandé de rejoindre son club de voile où je suis devenu moniteur. Durant mon service militaire, à l'époque, il durait 18 mois, j’étais en fait dépanneur-radar. C'était après 1962, la guerre d'Algérie était terminée. Finalement le service militaire ne me fut pas trop dur.

Mais ce n'était qu'un avant-goût, j'étais resté à la surface des eaux. En 2000, j'ai commencé la plongée sous-marine. Au sein du club de plongée du CERN, j’ai fait 3 ans de formation pour devenir plongeur autonome. J'ai suivi des stages de biologie sous-marine au CREPS d’Antibes.

A la suite de cette formation, j’ai créé, avec un ami plongeur, une section de biologie sous-marine au sein du Club. C'est ce qui m'a donné envie de faire de la photo, car c’est un outil idéal pour apprécier et mémoriser ce qu'on a vu sous l'eau. Une fois sur terre, cela permet d'identifier les espèces que nous avons vues en comparant les photos avec des livres spécialisés. Je me suis pris au jeu et j'ai donc mis en place une section vidéo-photo sous-marine pour le club. J'ai donné des cours, organisé des soirées, des conférences, même pour les enfants.

 

Ce sport m'a permis de visiter beaucoup de mers ou lacs dans le monde. Je suis allé en Méditerranée, en Mer Rouge, au Mozambique, dans les îles indonésiennes, aux Galapagos...

 

Le Grillon :- Pour un ancien gamin chétif, vous êtes devenu très sportif ?

 

J.-C. W. : - Cela m'a sans doute aidé pour le devenir. Je ressentais le besoin de surmonter ce handicap. J'ai multiplié les activités sportives. Dès l'âge de 7 ans, je faisais du ski et j'ai passé mon brevet de natation du kilomètre. Cannes c'était pratique, il y avait la mer et la montagne. Et finalement j'ai poursuivi. Au CERN, il y avait un tissu associatif très important. Et j'aimais ça. Je faisais partie du club de gym qui proposait une gym très athlétique, du club de vélo, j’ai participé à des régates de planches à voile, des courses à pied où je faisais le semi-marathon, le ski où je suis devenu moniteur de ski de fond bénévole pendant 25 ans. J'ai fait aussi des courses de VTT sur de longues distances en France.

 

Le Grillon : - Et vous avez aussi voyagé avec le ski et le VTT ?

 

J.-C. W. : - C’est un superbe moyen pour découvrir une région. J'ai fait de magnifiques raids VTT, en France avec Micheline, en Casamance au Sénégal avec un de mes frères, au Maroc la Vallée du Draa avec mon  fils. Le VTT est un moyen de contact extraordinaire avec la population car les gens, là-bas se déplaçaient le plus souvent en vélo. La voiture met une barrière, pas le vélo. Pour la neige, je suis allé en Laponie pour un raid de ski-pulka. Le ski-pulka consiste à tirer un traineau chargé du matériel pour le raid avec des skis de fond. Nous allions de gîte en gîte. Lors d’une nuit à la belle étoile dans la neige par -25°, j’ai eu l’immense joie de contempler une aurore boréale.

 

Le Grillon : - Les Cévennes ont changé votre vie...

 

J.-C. W. : Oui et non.

Oui parce que c'était un nouveau lieu de vie, nous connaissions peu de personnes. Il fallait reconstituer nos relations. Nous avons avant tout cherché à nous intégrer.

Non, parce que ma femme et moi aimons et avons l'expérience de la vie associative. Et nous avons été surpris et très heureux de voir qu'il y en avait beaucoup ici.

Nous avons participé au Club de randonnée de Lasalle. J'en ai profité pour faire des reportages photos qui étaient visibles par tous les randonneurs sur le net. Cela a créé des liens... C'était en 2008.

 

En 2009, j'ai adhéré au Club Cévenol. Je me suis occupé de la communication, des affiches pour annoncer les divers évènements du Club. J'ai aussi présenté des diaporamas. Les Galapagos et notamment celui sur la Namibie où je suis allé récemment. J'ai aussi présenté ce reportage et des photographies à la médiathèque de Lasalle et au ˝Printemps dévoilé.˝ J’ai donné des photos pour le site de la Mairie et celui de l’Office de Tourisme. Pour son calendrier 2015 l'Association l'Escargot doré de Thoiras m'a demandé de lui proposer des photos sur l'eau. En 2014 j’ai pu suivre des bergers afin de faire des photographies sur la transhumance

 

J’ai fait connaissance d’amis photographes à St Hippolyte qui s'intéressaient aux photos ornithologiques. Avec eux, j'ai rejoint l'association ˝Lumières Cévenoles˝ avec laquelle je participe à des expositions.

J'essaie d'aider les associations et de contribuer à l'animation locale en proposant ce que je sais et ce que j'aime faire. Naturellement, je fais aussi des photos pour le Grillon.

 

Bien entendu, tout ça ne m'empêche pas de voyager. J'en ai réellement besoin.

 

Le Grillon :- Vous avez donc réussi votre intégration ?

 

J.-C. W. : - Oui, je le crois.

Je me sens bien ici. Bien sûr, j'ai été parfois étonné par certaines réactions. Je me suis aperçu qu'il existait des clans. Le fait de parler à certaines personnes, peut empêcher de pouvoir parler à d'autres. C'est dommage, mais ça existe un peu partout. Par tempérament, je prends toujours le meilleur chez les gens et je laisse le reste de côté. Les cévenols sont toujours passionnés par leur pays et j'aime les gens passionnés. Et grâce à eux, j'apprends toute la richesse de leur histoire et de leurs vies.

 

Le Grillon : - Finalement vous êtes un homme heureux...

 

J.-C. W. : - Oui. Ma maman, qui à 95 ans, me dit toujours que "je suis né sous une bonne étoile˝. 

Ma curiosité et mon attirance pour la nature m’ont donné le goût de la recherche, du sport et des voyages... Cela forme un tout. Je dois aussi ce bonheur à Micheline, qui m'a beaucoup stimulé dans mes projets qui m'a aidé à m'engager et qui me laisse voyager.

 

Propos recueillis par Gérard Feldman


 

 

 

 

 

Portrait : Joël Treiber

 

 

 

Un nomade sédentaire (ou sédentaire nomade) à Ste Croix

 

Le Grillon : - On nous a dit que vous étiez le plus ancien des néo du Val de Salindrenque. Est-ce vrai ?

 

Joël Treiber : - On ne peut jamais en être certain, mais c'est bien possible. Je suis arrivé à Saint-Jean-du-Gard pour la première fois en été 1959, avec un camp de travail de jeunes parisiens. Nous sommes venus travailler pendant trois semaines pour aider les paysans de la région qui avaient été sinistrés à la suite des inondations de 58. J'ai eu ce contact par l'Eglise protestante de l'Etoile à Paris. Je suis issu d'une famille mixte, catholique et protestante, et nos parents nous ont toujours laissé le choix de notre orientation religieuse, d'autant plus qu'après le décès prématuré de deux de mes sœurs juste avant ma naissance, ma mère avait perdu certaines de ses convictions. Je suis le huitième de leurs 16 enfants.

 

Durant ce premier séjour en Cévennes, j'ai travaillé chez Roger Aubanel, un paysan habitant à la Joncquière, sur la route de Sainte-Croix-de-Caderle. L'année suivante, je suis revenu chez lui, abandonnant mon travail et la vie parisienne, pour l'aider dans ses travaux agricoles, la culture du tabac, la récolte des châtaignes, des pommes, etc. Le couple avait aussi trois vaches et produisait un peu de lait, ce qui permettait de rentrer de l'argent frais. En 1965, j'ai acheté un petit mazet pour 2500F de l'époque, à 600 m du carrefour de la Gare à Sainte-Croix-de-Caderle. Pour moi, cette somme représentait à peu près deux mois de salaire. En 61, on pouvait acheter 2ha de terre avec une source pour 200F. Il arrivait que des propriétaires demandent qu'on enlève les tuiles du toit de leurs maisons perdues dans les bois et inoccupées, pour pouvoir les déclarer en tant que ruines et ne plus payer d'impôts sur le bâti. La désertification des Cévennes avait commencé dès l'époque napoléonienne, avec la conscription qui a drainé les forces vives dans les nombreuses guerres du Premier Empire. Cette désertification s'est poursuivie jusque dans la première moitié du vingtième siècle.

 

Le Grillon : -  Vous vouliez devenir paysan dans les Cévennes ?

 

Joël Treiber : -Cette vie chez Roger Aubanel était un vrai plaisir pour moi. J'avais l'impression d'être vraiment à ma place. J'ai tout de suite su que je voulais vivre dans ce pays. Tout jeune, et bien que je sois né à Paris, j'ai été attiré par l'agriculture. Quand j'avais 14 ans, je travaillais très bien à l'école mais je ne voulais pas poursuivre ma scolarité. Alors mes parents m'ont amené dans un centre d'orientation professionnelle. On m'a fait passer des tests, et on en a déduit que j'avais des dispositions pour le métier de métreur. Mais moi, ça ne m'intéressait pas du tout d'être métreur. Quand j'ai dit que je voulais être paysan, on m'a répondu que ce n'était pas un métier. D'après les examinateurs, j'aurais pu m'orienter à la rigueur vers l'horticulture, mais je voulais être paysan. Comme je voulais absolument travailler pour apporter de l'argent à la maison car nous étions une famille nombreuse, je suis entré dans une entreprise de chauffage central où je suis resté toute une année.

 

Par chance, j'ai rencontré un pasteur, qui m'a proposé une orientation vers l'imprimerie. J'ai fait quatre années d'apprentissage et je suis devenu typographe. C'était un métier reconnu à l'époque, nous étions assimilés cadres. J'ai exercé ce métier pendant une dizaine d'années. A une époque, j'ai travaillé pour l'entreprise Chaix qui éditait les fameux indicateurs des chemins de fer.

 

 

Le Grillon : - Cela ne vous orientait pas vers les Cévennes ? 


Joël Treiber : - Non, et d'autant moins qu'on était encore en pleine "pacification" en Algérie. En juillet 1961, les gendarmes sont venus me chercher chez Roger Aubanel pour me signifier de rejoindre une caserne de Rambouillet, le 501ème régiment de chars de combat de la 2ème DB Leclerc. Le service militaire durait 30 mois à l'époque. Bien à contrecœur j'y suis allé et ai fait 5 mois de service. Après la permission pour Noël 1961, je n'ai pas voulu retourner à la caserne. Je ne voulais pas aller tuer des gens. Je ne peux même pas dire que je ne voulais pas, je ne pouvais pas le faire. J'ai envoyé une lettre au Général de Gaulle, le Président de l'époque, pour le lui dire. J'ai été mis en prison militaire pour désertion. Ce fut une expérience très dure, nous étions dix dans une cellule où il n'y avait que 7 paillasses pour dormir. J'ai pu me faire une idée de ce que pouvaient être les prisons au Moyen-Âge Encore aujourd'hui, je n'aime pas beaucoup en parler. De retour à ma caserne, accompagné par les gendarmes et menotté comme un vulgaire bandit,  j'ai été enfermé de nouveau dans une cellule pendant une vingtaine de jours. Et comme je ne voulais pas continuer de faire mon service militaire, j'ai été envoyé en hôpital psychiatrique. Là, les médecins ont très bien compris ma situation et m'ont réformé à l'été 1962. On peut dire que les réfractaires au service militaire de cette époque ont ouvert la voie à la reconnaissance de l'objection de conscience.

 

Le Grillon : - Comment avez-vous pu redémarrer ?

 

Joël Treiber : -Après ce passage difficile, j'ai eu envie de voyager. J'avais un beau-frère qui travaillait pour la décoration de l'ambassade de Côte d'Ivoire à Jérusalem. Il se sentait un peu seul pour partir là-bas, d'autant plus qu'il ne parlait pas l'anglais, alors que de mon côté, j'avais pris des cours du soir pour apprendre cette langue. J'ai donc passé un mois avec lui à Jérusalem, c'était en juillet 62, il faisait très chaud. De retour en France, une fois réformé définitivement, je n'avais plus qu'une idée, retourner en Israël. J'ai décidé d'y aller à vespa, moyen de locomotion très économique. J'y suis allé tout droit depuis Paris, c'était un peu dur de traverser les Alpes où il faisait très froid, mais je suis passé sans encombre jusqu'en Turquie. Ensuite, il y a eu quelques complications. Je ne pouvais pas passer par la Syrie ou le Liban car c'était dangereux avec mon passeport sur lequel il y avait un visa pour Israël, et je me suis trouvé coincé à Chypre. Finalement, j'ai débarqué à Haïfa fin novembre 62 après trois semaines de voyage et j'ai passé 8 mois et demi en Israël. Ce fut une très belle période. Là-bas, J'ai travaillé pour gagner ma vie. J'ai fait le manœuvre dans le bâtiment à Jérusalem, je dormais dans une auberge de jeunesse pour l'équivalent de 10€ par jour, puis ai travaillé à Barkaï, un kibboutz de juifs américains. C'était la période de plantation des bananiers. Nous en avons planté 6000 et chaque plant pesait entre 20 et 80 kg. J'ai ainsi appris un peu l'hébreu que je ne parle pas couramment mais je peux me débrouiller. Je me suis fait beaucoup d'amis là-bas, et suis retourné une dizaine de fois dans ce pays, la dernière en 2006.

 

J'ai vraiment admiré la vie et le travail dans les kibboutzim et dans les mochavim, les villages communautaires et les villages-coopératives. Ces villages fournissaient 80% de la production agricole et 20% de la production industrielle israélienne alors qu'ils ne représentaient que 7% de la population du pays (environ 250 000 personnes à l'époque). C'était vraiment la manière dont j'avais envie de vivre. Les relations étaient très égalitaires entre toutes les personnes,  hommes et femmes. Dans les mochavim tout le monde devait le même temps de travail à la communauté (8h/jours). Les tâches ménagères étant reconnues et incombant toujours aux femmes, celles-ci travaillaient une heure de moins que les hommes, et encore une heure de moins par enfant à charge, si bien qu'une femme avec 3 enfants devait fournir 4h de travail par jour pour la communauté, tout en recevant le même salaire que son mari.

 

Le Grillon : - Cela vous a donné le goût des voyages ?

 

J.T. : - Oui. En 1964, je suis allé dans un autre pays qui m'a beaucoup attiré : l'Egypte. Au début, je voulais aller en Afrique Noire avec ma Vespa. Mais je n'ai pas pu passer. Les pistes à travers le Sahara n'étaient pas praticables pour mon engin et par ailleurs dangereuses. Je suis donc allé en Algérie où' j'ai travaillé à Oran dans l'imprimerie, mais les relations avec les employés étaient difficiles ; l'un deux ayant bloqué une machine faute d'avoir vérifié les sécurités, j'ai voulu lui montrer comment la sécuriser avant de la démarrer, il m'a répondu sur un ton dédaigneux : ˝On a gagné la guerre contre les français, c'est pas toi qui va m'apprendre comment faire˝. Du coup, j'ai quitté cet emploi et suis reparti pour Jérusalem. Après avoir traversé l'Algérie, la Tunisie, la Libye, je suis arrivé à Alexandrie pour prendre un bateau pour le Liban. Là, en Egypte, j'ai rencontré le directeur de l'agence Fiat. Il m'a accueilli chez lui, dans une superbe maison avec serviteurs et tout le confort. Grâce à son accueil, j'ai eu envie de retourner dans ce pays. Je suis revenu en 66 avec ma compagne de l'époque en 2CV. Nous avons remonté la Vallée du Nil jusqu'au barrage d'Assouan. J'avais une petite caméra 8mm et avais commencé à faire des prises de vue. À Louxor, j'ai rencontré des étudiants en cinéma du Caire. Nous avons alors fait des projets de film. 

 

Quand je suis rentré en France, je suis retourné travailler à l'imprimerie. Avec mes reportages, j'organisais des petites  conférences familiales où je parlais de mes voyages. En 67, après un voyage en bateau Marseille-Tunis, je suis retourné une nouvelle fois en 2CV en Egypte pour une première expédition cinématographique. A la sortie de Tunis, un panneau indique "Le Caire 3065km". J'ai commencé alors un film sur les antiquités égyptiennes, allant à la découverte des temples et des tombeaux plusieurs fois millénaires. En 68, pour une deuxième expédition cinématographique en Egypte, je me suis intéressé à la vie des paysans dans la Vallée du Nil. J'ai réalisé un court métrage sur "l'Egypte des Dieux et des hommes", en m'intéressant plus spécialement aux différentes méthodes utilisées pour l'irrigation : le chadouf ( avec un système de balanciers avec contrepoids auxquels est accroché un seau permettant de remonter une cinquantaine de litres d'eau par minute), la noria (avec un système d'engrenages et une chaîne de pots mus par un animal), le tambour (un appareil cylindrique actionné par une manivelle), aussi, la roue à aube, la sakkia, une roue à aube fonctionnant avec le courant de l'eau (comme la noria que l'on peut voir à Ganges). Je suis retourné encore de nombreuses fois en Egypte (70, 73, 77, 79, 82, 84 dernière expédition cinématographique).

 

J'avais proposé mes films à ˝Connaissance du Monde˝, une association spécialisée dans l'organisation de conférences sur toutes les parties du monde. Tout d'abord, ils ne semblaient pas intéressés, mais le patron étant venu voir une de mes conférences, il m'a proposé des tournées. "Connaissance du Monde" organisait des circuits dans toute la France. Je gagnais bien ma vie. Pour mes expéditions, à partir de de 1977 j'avais un camion HY-Citroën (les camions avec une carrosserie en tôle ondulée qui servaient aussi bien de "camion à frites" que de "panier à salade").

 

Lors d'un voyage en 1977, j'ai fait 23 conférences en Israël avec mon film sur l'Egypte. C'était un signe ! Peu de temps après, avait lieu la rencontre entre le Président israélien Menahem Begin et le Président égyptien Annoua El Sadate, à la suite de laquelle a été signé un traité de paix entre ces deux pays. Plus tard, à cause de ce traité de paix, Anouar El Sadate a été assassiné par les Frères Musulmans. Cette année-là, je suis retourné également en Egypte, mais ne pouvais y emporter tout mon matériel de projection que j'ai  laissé au Consulat de France à Athènes en échange d'une conférence à mon retour d'Egypte. Ce fut un grand succès.

 

Le Grillon : - Et vous avez fait des conférences à Ste-Croix et à Lasalle ?

 

J.T. : - Oui en 75–76. La saison culturelle s'arrêtant au mois de mai et recommençant en septembre, cela me laissait quatre mois pour vivre dans les Cévennes. J'en profitais pour construire ma maison avec l'aide de mon frère Yves et de mes neveux. Je suis passé d'un mazet de 16m2 à une maison de 140 m2. Et puis, à partir de la quarantaine, je commençais à avoir envie de me poser. Je constatais qu'à l'époque les Cévenols vivaient de manière très simple. J'ai installé un évier pour la première fois chez Jeanne Aubanel en 62 et c'était un événement. En 73, j'ai installé le chauffage central chez moi, cela paraissait un luxe réservé aux Parisiens.

 

Lors de mes séjours en Israël, j'avais découvert les systèmes d'irrigation localisée, notamment le goutte-à-goutte. En 79, j'ai rapporté le matériel nécessaire et j'ai fait une première installation dans mon jardin. Ce qui permettait une économie d'eau importante, notamment en contrôlant les arrosages de façon rationnelle. À la fin des années 70, les établissements Kulker, fabricant de tubes polyéthylènes, à Sully sur Loire, se sont lancés dans la fabrication de goutteurs sous brevet israélien. Au début des années 80, la technique d'arrosage au goutte-à-goutte était très peu connue à l'époque et je suis devenu "conseiller technique en irrigation". Les anciens Cévenols n'ont pas tout de suite vu l'intérêt de ces nouvelles techniques d'arrosage, mais les "néo" ont tout de suite été très intéressés. Je prenais 15% de commission sur le matériel que je vendais, leur assurant le conseil technique. Des gens venaient me voir depuis Ste Enimie, Lodève et même Pau. J'ai fait imprimer un fascicule sur le goutte-à-goutte de façon à diffuser cette technique. Je peux dire que j'ai introduit cette technologie dans les Cévennes.

 

Le Grillon : - Le goutte-à-goutte vous a-t-il aussi fait voyager ?

 

J T: - Oui, aussi. J'ai rencontré Michel Brochet, un professeur d'agronomie tropicale de Montpellier qui recevait des étudiants africains et haïtiens, futurs techniciens agricoles ou ingénieurs agronomes. Avec mon épouse, nous les accueillions en stage chez nous afin de les initier à la gestion de l'eau à travers les différentes techniques modernes d'irrigation, le goutte-à-goutte et la micro-aspersion. Nous leur faisions visiter aussi bien des réalisations du temps des anciens Cévenols que des installations modernes comme celle des Abeillères, une communauté de sœurs protestantes chez qui j'avais réalisé une de mes premières installations au milieu des années 80.

 

En 2012, Michel Brochet m'a demandé si je serais disposé à me rendre en Haïti tous frais payés en tant que bénévole afin d'y réaliser quelques installations chez des paysans des montagnes soutenus par l'association SOS-Enfants-Sans-Frontière dont il est le président, j'ai bien sûr accepté avec enthousiasme et me suis rendu sur place en Haïti avec Louise, mon épouse. Passionnée de reportage audiovisuel, Louise en a profité pour réaliser un film d'une cinquantaine de minutes que nous avons offert à l'association SOS-ESF afin qu'elle puisse le diffuser pour son bénéfice auprès de ses adhérents. Nous parrainons aujourd'hui un enfant haïtien, ce qui lui assure une éducation et un repas par jour à l'école durant tout le primaire.

 

Le Grillon : - Et maintenant vous vivez complètement à Ste Croix ?

 

J.T. : - Maintenant, je réalise mon rêve d'enfant. Avec Louise, je suis revenu à l'agriculture. L'ancienne maison ayant été  vendue et j'en ai construit une autre. Nous avons eu deux enfants. Nous cultivons environ 3000 m2 de jardin en maraîchage bio. Nous vendons l'excédent sur les marchés, ainsi que des myrtilles avec lesquelles nous faisons des tartes et des confitures. Nous avons aussi une passion commune, celle des champignons. Nous en avons goûté plus de 260 espèces dont seulement une soixantaine mérite d'être cuisinée. A la fête de la châtaigne de Lasalle, il nous est arrivé de proposer des omelettes aux champignons avec 37 espèces différentes.

 

Le Grillon : - Et maintenant, vous êtes intégré aux Cévennes ?

 

J.T. : - Oui, aujourd'hui, je peux le dire. Mais les débuts ont été difficiles et il m'a quand même fallu 30 ans pour être réellement adopté. On se méfiait de moi. On m'appelait l'Arabe parce que je le parle un peu et qu'il m'arrivait de chanter dans cette langue. Dans les années 70, j'ai été surveillé par les gendarmes car, lorsque je partais en tournée de conférences avec mon fourgon de septembre à mai, je rapportais chez moi toutes sortes de matériel et meubles pour l'aménager ce qui pouvait sembler louche. J'ai eu aussi des accrochages avec les chasseurs qui tiraient trop près de chez moi au point de faire peur à mon fils. Une fois l'accrochage a été plus sérieux, heureusement le garde champêtre a pris parti pour moi. Mais c'était, il y a longtemps. Depuis tout va bien et j'ai de très bonnes relations avec tout le monde.

 

Le Grillon : - Et vous ne voyagez plus du tout ?

 

J.T. : - Oh si ! Avec mon épouse, nous organisons des voyages en Egypte pour des amis, des petits groupes d'une dizaine de personnes. J'adore l'Egypte. C'est ma seconde patrie. Les gens y sont vraiment très ouverts et gentils. Et comme je parle l'arabe, cela facilite beaucoup les contacts. Mais nous y avons vécu des moments parfois agités. En 2009, nous étions au Caire à 150 mètres du lieu d'un attentat. En 2011 nous avons voyagé en Haute Egypte en pleine Révolution Arabe. Lorsque nous avons visité Abou Simbel il y avait 13 touristes en tout et pour tout, notre groupe, au lieu des 2000 habituels ! En 2013, nous n'avions que 3 participants pour partir, cinq autres s'étant désistés au dernier moment à cause des informations catastrophistes dont les grands médias se régalent, alors que sur place règne la bonne humeur, le désir d'aller à la rencontre de l'autre. Je ne peux me passer de ces voyages dans ce pays si attachant.

 

Propos recueillis par Gérard Feldman

 

 

 

 

Roland FALGUEROLLE

 

 

« Remettre en question sa première vision… »

 

 

La famille a accepté une rencontre pour nous parler de Roland, cévenol installé à Paris, disparu à l'âge de 51 ans en octobre 2012. Nous avons écouté les récits de Paule Falguerolle, la maman de Roland ; Rafia Zeghoud, sa compagne ; Maud Terseur, la maman des deux garçons de Roland ; Sylvie Fournier, sa cousine.

 

 

Paule : Roland est né à la maison de santé protestante à Alès, nous vivions alors en Avignon et nous venions à Colognac et Lasalle très souvent, lors des vacances et des week-ends pour retrouver la famille.

 

Quel enfant était Roland ?

 

Paule : Roland était un enfant de la nature, il faisait du vélo avec son frère Thierry et les copains. Il aidait aussi à la construction de la maison de famille à Colognac.

 

Sylvie : Il adorait explorer les abords de la rivière, il était très curieux, il aimait, avec son oncle Maurice Olivier, partager les joies de la pêche et la marche.

 

Quelles études a-t-il suivies ?

 

Paule : Roland a suivi sa scolarité en Avignon puis à 16 ans, il est entré à l'école des métiers d'EDF, à Sainte-Tulle, près de Manosque.

 

Maud : Très vite, il s'est inscrit au club photo de l'école et il a immédiatement aimé cet art.

 

Paule : Son père lui a alors installé un vrai laboratoire photo dans la ferme de « Falguerolles » où nous venions le week-end à Colognac. Il photographiait les grands-parents, il réalisait leurs portraits malgré le fait que ça leur déplaisait.

 

Sylvie : Roland aimait aussi aller à la ferme du petit Bouzon voir sa grand-mère, il était vraiment attaché aux Cévennes.

 






 Entretien avec Daniel Faure (Vabres) –

Photographe et restaurateur de tableau

 

˝J'aime m'immerger dans l'imaginaire d'un monde merveilleux mais à bout de souffle˝

 

Le Grillon : - Vous êtes cévenol ?

 

Daniel Faure : - Je suis né à Alès en 1952 où vivaient mes parents, dans une famille catholique. Le mari d'une sœur de ma mère, Roland Marceron, était sous-directeur de la mine de Saint Félix de Pallières. J'y allais en vacances du temps de l'activité de mon père. J'ai connu Lasalle à partir de 1962. A l'époque, il y avait beaucoup plus de magasins que maintenant. Je me souviens qu'il y avait deux pharmacies. Je venais changer d'air par ici, allais chercher des champignons. Ça changeait de la ville, même si à l'époque la vie à Alès était beaucoup plus agréable qu'aujourd'hui. J'ai eu une scolarité un peu décousue ; Je ne sais pourquoi mais les établissements scolaires fermaient une année après que je m'y étais inscrit. Pourtant je vous assure qu'il n'y avait aucun rapport entre ces fermetures et mon inscription. Je suis ainsi allé près de Sommières en 1964, quand j'ai fait ma communion solennelle et puis à la Grand-Combes, à Langogne, Marvejols. Vers 1967-68, je passais des concours et mon père me conseilla de choisir EDF. Là j'ai eu le droit à une formation d'un an comme monteur électricien à Soisson. Tout au Nord. Malgré cela, je n'en garde pas un mauvais souvenir. Nous avions de bons professeurs et l'ambiance était plutôt libre.

 

J'ai ensuite été affecté aux travaux sur le réseau au centre de Nîmes. En 1970, j'ai fait mon service militaire. Je n'y suis pas allé pour rien car j'y ai pratiqué la photographie. Au retour, je me suis installé à Anduze.

 

Le Grillon : - qu'est-ce qui vous a attiré dans les Cévennes ?

 

D.F. : -A Anduze j'ai découvert la transhumance. J'ai été très sensible à ces immenses troupeaux de 1200 à 2000 têtes qui partaient de la garrigue pour se rendre en hautes Cévennes vers le Mont Lozère ou vers l'Aigoual. Les plus longs parcours pouvaient durer jusqu'à neuf jours de marche. J'aimais le métier de berger. Pour moi c'était des hommes qui étaient libres ; ils pratiquaient le métier qu'ils avaient vraiment choisi. Ils parvenaient à concilier cette liberté avec leur vie de famille. Leurs femmes et leurs enfants les rejoignaient lorsqu'ils étaient arrivés. Je prenais des congés pour les suivre. Il faut dire que je m'ennuyais ferme à EDF.

 

J'ai eu envie de devenir berger, alors je me suis associé avec un copropriétaire. Nous avons élevé 5 brebis à tous les deux. Les brebis entretenaient les bois et les pâtures et mon associé en retirait de petits revenus en vendant la viande pour l'hiver.

 

 Le Grillon : - Vous êtes resté à EDF ?

 

D.F. : - Non. Pendant ce temps, j'avais aussi pris le virus de la photographie. J'accumulais les photos et je constituais des dossiers ; Je suis allé les présenter à des éditeurs. Les Editions du Chêne ont accepté mon travail au bout de 10 jours. Ils ont édité mon premier livre en mai 1981: Serres et Valats des Cévennes qui doit être épuisé aujourd'hui. Cela m'a permis d'être reconnu. J'ai pris alors le risque de démissionner d'EDF et de me lancer dans l'aventure comme photographe professionnel. En novembre 81, je publiais des photos sur les Cévennes dans le magazine ˝Double page˝. Je faisais des tirages noir et blanc, la couleur était trop lourde à gérer. Mes photos se présentaient sous forme de gélatine, c'est-à-dire, des petits cartons diapositives de 36x24 cm. Pour trouver des clients, il fallait avoir des idées de reportage, les faire et les présenter pour intéresser les éventuels acquéreurs.

 

J'ai choisi de faire des photos sur les bords de mer avec lesquelles j'ai réalisé deux ouvrages. J'ai aussi photographié les arbres et les forêts ce qui a fait un sujet pour ˝Double page˝. J'ai eu aussi pas mal de photos reprises sous forme de cartes postales.

 

Dans les années 80 j'ai travaillé avec le Québec. Ensuite, en 1983, j'ai travaillé dans le cadre d'un jumelage entre le Parc des Cévennes et le Parc du Sagueneynet, en 1985, j'ai fait un reportage sur le whisky de l'Ontario, et en 1986 sur les décorations des maisons.

 

Le Grillon : - Vous avez toujours voulu rester vers les Cévennes ?

 

D.F. : - Oui. Grâce à la décentralisation, il était possible de faire de la photo sans aller vivre à Paris. Je me suis toujours refusé à le faire. Je voulais rester dans les Cévennes. J'ai habité près de Mialet dans un hameau qui s'appelle les Aygladines, puis à Cassagnoles vers Lédignan. Mais il fallait quand même que je me rapproche de Montpellier ; Alors j'ai choisi de vivre à St Mathieu de Trévier au nord de Montpellier. A l'époque, à la fin des années 90, il fallait 25 minutes pour aller de là jusqu'à la Place de la Comédie.

 

Pour mes photos j'aimais m'immerger dans l'imaginaire d'un monde merveilleux mais à bout de souffle. C'était le cas des Cévennes, mais je retrouvais aussi cette ambiance dans les Alpes du sud, en Camargue dans le Lubéron, les Corbières, dans le monde des pêcheurs sur le littoral...

 

Le Grillon : - Pour qui avez-vous travaillé ?

 

D.F. : -Je travaillais régulièrement pour le magazine ˝Saveurs, le magazine de l'art de vivre gourmand˝ qui tirait à 85 000 exemplaires. Je photographiais des plats cuisinés. J'ai aussi fait des photos pour ˝Art et décoration˝ qui tirait entre 280 à 500 000 exemplaires. Là, je photographiais des décorations de maisons. Les deux magazines existent toujours, mais ils ont été vendus et leurs rédacteurs en chef sont partis. Et je n'ai pas pu continuer à travailler avec les nouveaux propriétaires.

 

Le Grillon : - Mais aujourd'hui vous n'êtes plus photographe ?

 

D.F. : - J'ai conservé l'intérêt et le goût du métier. Mais il devenait de plus en plus difficile de vivre de la photographie. J'étais payé en deux parties : une partie pour me dédommager de mes frais, et une autre avec les droits d'auteur ; La partie dédommagement s'est réduite à zéro, et la partie droits d'auteur ne couvraient pas les frais. J'ai travaillé comme professionnel jusqu'en 2002. Et puis il y a eu un creux. Le choc des guerres du Golfe, l'arrivée du numérique ont fait baisser les commandes ; je ne pouvais plus en vivre.

 

Avec Michelle, mon épouse, nous avons alors cherché une maison. Nous savions ce que nous voulions, et nous avons mis 15 ans à la trouver. Finalement nous avons aimé cette maison de Vabres où nous vivons. Il y avait aussi un terrain de 3 ha en garrigue. Je l'ai défriché pour me lancer dans la viticulture. Mais la surface était trop petite et les projets d'extension avec deux autres repreneurs n'ont pas fonctionné. J'ai fait ma dernière cuvée en 2009 - 2010 et j'ai vendu le stock. Une œnologue, Emmanuelle Schoch, a été intéressée pour racheter le terrain et elle a trouvé une cave et une maison à la sortie d'Anduze après le supermarché. Son vin s'appelle Mas Seren. Il est difficile de commercialiser le vin des Cévennes car nous sommes loin de tout : loin des grands axes routiers ou du chemin de fer, et loin des grands centres de consommation. Mais, en revanche, une petite altitude donne des vins plus fins et plus équilibrés que dans la plaine.

 

 Le Grillon :- Et après la vigne ?

 

D.F. : - Je reviens à l'image. Je m’intéresse à la restauration de tableaux anciens (17e, 18e 19e siècles). J'ai fait une formation de trois ans à Montpellier que je termine en juin. J'aime restaurer. Ça n'a rien à voir avec la peinture. Je ne pourrai jamais peindre car je n'arrive pas à répondre aux questions essentielles : quoi peindre, comment peindre et pour qui. Mais j'aime cette ambiance des tableaux. Sans doute parce que mon père était peintre.

 

J'ai restauré des tableaux que j'aime trop pour les revendre comme ce grand portrait ou ce petit orientaliste. J'en vends d'autres. La restauration est devenue mon activité principale. J'ai conservé le statut de photographe comme cadre administratif et aussi je suis devenu auto-entrepreneur.

 

En restaurant, un certain nombre de photos me sont revenues en tête. J'ai ressorti 600 photos sur gélatine et j'ai demandé à deux labos de Montpellier d'en tirer en numérique. Ils en ont tiré 120. Pourquoi ne pas les utiliser pour faire des petits catalogues. Et puis je vais faire une exposition avec certaines d'entre elles. Mais cela va rester une activité secondaire par rapport à la restauration.

 

 

Propos recueillis par Gérard Feldman

 

 

 


 

 

 

Entretien avec M. Jean- Claude Rousset : une vie bien remplie

 

Le Grillon : - Vous êtes natif de Lasalle ?

 

J.Cl. Rousset : - Je suis né à Sainte Croix de Caderle. Mon père est de Saint Félix de Pallière. Ma mère est parisienne. Elle venait en résidence à l'hôtel restaurant de mes grands-parents maternels, et puis elle est restée.

 

Le Grillon : - Vous avez donc passé votre enfance ici.

 

J.Cl. Rousset : - Avec mes parents, nous habitions à la Croix, rue Basse. J'ai donc fait ma scolarité à Lasalle jusqu'à l'âge de 12 ans, puis deux années à Sainte Croix. J'ai obtenu mon certificat d'études et j'ai fait l'école agricole tout en travaillant dans une ferme à Monoblet. M. Chabrol était notre professeur enseignant itinérant, chaque jour dans une ville différente. A Lasalle, nous étions une quinzaine d'élèves. Le programme comprenait l'orthographe, le calcul, la grammaire en principal et aussi les autres matières et les travaux pratiques : vigne, maraîchage, arboriculture, conduite de tracteur labour. L'agriculture cévenole en générai était déjà en perte de vitesse : moutons, vaches laitières, vers à soie... A l'époque nous ne parlions pas encore de pleurottes, de mini légumes, de l'oignon doux ou d'élevages de volailles ou de lapins.

 

(La suite dans le Grillon - sur papier - du mois de juin 2014)

Geneviève Lafoux, la créatrice de la ferme équestre " Les poneys d'Emeraude " à la Borie Neuve, est bien connue de tous à Lasalle. Très impliquée dans la vie locale, son goût de la découverte, des rencontres, de la nature, l'a propulsé dans un parcours qu'elle décrit joliment comme une course " de pierre en pierre, comme pour traverser un ruisseau ". En février dernier, le Président de la Chambre d'agriculture du Gard lui remettait le " mérite agricole ", au nom du Ministère de l'agriculture, en assurant qu'elle était bien une " vraie paysane " d'aujourd'hui.

 

LE GRILLON : Vous êtes née à Lasalle ?

Geneviève Lafoux : Je suis née à Montpellier, au 1er étage de la maison que mon grand père maternel Nègre qui était ingénieur des Ponts et Chaussées : il a participé à la construction de la voie du Petit Train à Vapeur d'Anduze à St Jean du Gard et il avait fait construire une maison à Montpellier. Mais nous avions de fortes attaches à Lasalle. Du coté de mon père, la famille Lafoux habite toujours le château de Tourtoulon (en face du bureau de tabac). Mon grand père, Henri Lafoux, était pasteur, comme mes oncles Cabrières et Despras. Notre enfance a été bercée par les souvenirs de ma grand-mère maternelle Rivals, chez l'oncle Emile et la tante Alix, à la Banasterie. Mes souvenirs à moi sont ancrés à la Maillerie que nous partagions avec les cousins Chabrol. J'ai bien connu les Guiraud ; nous allions avec Elie traire les vaches au Maguinet (Mas Guinet). Mon père a fait l'école des Arts et Métiers. Il est entré comme ingénieur à Latécoère puis Sud Aviation àToulouse où j'ai donc passé ma petite enfance.

 

(La suite dans le Grillon du mois d'avril sur papier)

Entretien avec Dominique Cardon -

˝J'ai vu qu'il était possible de lier activité manuelle et recherche théorique˝

 

Les recoins de nos montagnes cévenoles recèlent souvent des trésors. Cette rencontre avec Dominique Cardon en fait partie. Cette spécialiste mondiale de l'histoire des tissus et de la teinture naturelle est aussi une habitante de Colognac, suffisamment proche de son pays d'élection pour y avoir consacré trois mandats de conseillère municipale.

 

Le Grillon : - Depuis quand vivez-vous à Colognac ?

 

Dominique Cardon : - Je suis arrivée à Colognac par mon mari. Quand je l'ai rencontré, je travaillais à l'Université de Dublin. J'étais allée là-bas pour étudier l'archéologie et la philologie celtique. Pour gagner ma vie j'enseignais la littérature française comme maître de conférences. Lui, avait acheté notre maison au Vert en 1969. Je l'ai toujours connu ici et j'y suis venue avec lui.

 

Le Grillon : - Comment avez-vous attrapé le virus des tissus ?

 

D.C. : - Je me suis intéressée au textile en Irlande. J'aime bien travailler de mes mains. J'ai rencontré deux tisserandes anglaises qui faisaient des choses très belles. Elles travaillaient pour Liberty’s, une marque de tissus de luxe. Je leur ai demandé de me donner des cours. Elles avaient aussi une formation universitaire en arts appliqués. Et l'une d'entre elles s’était passionnée pour les textiles précolombiens. J'ai vu grâce à cette rencontre qu'il était possible de lier activité manuelle et recherche théorique.

 

(La suite dans le Grillon de mars 2014)

 

Vous pouvez aussi écouter un entretien avec Dominique Cardon sur France Culture : "La fibre des couleurs" (novembre 2012)

Entretien avec Mme Muriel de Cazenove

˝ C'est bon de transmettre ce que l'on sait ˝

 

Le Grillon : - Quels sont vos liens avec les Cévennes ?

 

Mme Muriel de Cazenove : - Je suis née à Paris mais mon père a des ancêtres filateurs à Anduze. Ma grand-tante habitait au Campet où elle avait une propriété vers le col du Rédarès, cette grosse maison carrée au dessus de la route. J'y suis venue pour la première fois en 1937, par le train. C'était le trajet des 107 tunnels. Nous arrivions couverts de suie. J'avais 7 ans. Ce fut mon premier bain de Cévennes. Un éblouissement.

 

Le Grillon : - Quel rôle les Cévennes ont-elles joué dans votre vie ?

 

Mme M. de C. : - Jusqu'en 39, j'y venais pour les vacances et j'y vivais toujours des moments très forts. Puis ce fut la guerre. J'avais 9 ans. Nous étions venus en vacances comme les autres années, mais mon père inquiet de la situation nous a demandées de rester. Nous y sommes restées 16 mois. Je poursuivais mes études par correspondance et une dame qui habitait près du Pont de Fer m'a donnée des cours de latin. J'allais à l'école du dimanche à pied. Le Campet servait d'asile à de la famille et des amis qui venait du Nord. Il y avait une cuisinière qui me disait toujours : ˝ bonjour mon petit passerounet ˝. Il y avait aussi mon oncle, le pasteur Edmond Billy. Sa fille vient encore régulièrement au Campet. Du coup, j'ai été élevée dans une ambiance très protestante.

 

Le Grillon : - Votre père n'était pas avec vous ?

 

(La suite dans Le Grillon de février 2013)

 

 

Entretien avec Mme Françoise Malaizé, ˝ Ça m’amuse de travailler ˝

 

Le Grillon : - Avez-vous des racines en Cévennes , à Lasalle en particulier ?

 

François Malaizé : - Non pas du tout. Je suis née en Algérie. J'y ai passé mes 15 premières années. Je suis partie d’Alger en 1972 pour entrer au Lycée à Nice.

Mon père est resté là-bas et ma mère est allée à Paris. En Algérie elle travaillait à l’Ecole des Sourds et elle a eu un poste à Paris. Mon père faisait des allers retours.

J’ai passé 10 ans à Nice où j’ai fait des études d’Informatique. Finalement, la famille s'est rassemblée à Nice.

Puis j’ai vécu 13 ans à Paris, j’ai travaillé un peu en entreprise dans l’informatique de gestion, puis j’ai enseigné l’informatique en BTS, puis j’ai travaillé à l'IRCAM (Institut de Recherche et de Coordination Artistique au Centre Pompidou. C'est un Institut fondé par le musicien Pierre Boulez) où j'ai fait de l’informatique musicale.

 

J’ai décidé de quitter Paris car je ne supportais plus l’agitation et je suis allée à Montpellier où j’ai vécu deux ans. Mon passage à l’IRCAM m’a valu d’être embauché au Conservatoire de Musique de Montpellier pour former les compositeurs à l’informatique musicale.

 

(La suite dans le Grillon papier de janvier 2014)

Walter Soulier, de la guerre à la paix

 

Collaborateur épisodique du " Grillon ", Walter Soulier nous a déjà fait profiter d'un précieux témoignage sur le village de Calviac et d'un courrier concernant la Résistance. Aujourd'hui il nous parle, en toute simplicité, de son parcours. Comment une guerre a interrompu la vie ordinaire du jeune homme qu'il était, en même temps que celui de tous les jeunes de sa génération. Un moment de l'Histoire avec un grand " H ". La guerre finie, sa vie au quotidien illustre un autre aspect de l'histoire, avec le départ en ville d'une partie des actifs, obligés de quitter un pays où ils ne peuvent plus vivre, engendrant d'autres transformations, dont les Cévennes d'aujourd'hui portent l'héritage.

 

Je suis né le 25 décembre 1919, mon grand-père paternel était de Calviac, et, du côté de ma mère, du Campel, à Ste Croix de Caderle. Mon père était jardinier au château. Mes parents habitaient la maison du jardinier. Puis ils ont pris un jardin en fermage à Anduze : à cette époque tout le coin autour du magasin Super U d'Anduze était couvert de jardins jusqu'au chemin des plaines. Mon père y cultivait des légumes et des fleurs. J'avais entre 11 et 12 ans quand mon grand-père est décédé et mon père a repris la propriété de Calviac. Là ils faisaient comme tout le monde, un peu de tout et de rien : des pommes de terre, des vers à soie, du vin... Il y avait des propriétaires mais tout le monde vivait chichement.

 

(La suite dans le Grillon sur papier du mois de décembre 2013)

Les années 8O, c'était l'époque de " la Case à tous " avec Hubert Cazalis et Cie

 

Hubert Cazalis, né à Lunel, appartient à la famille Cazalis, connue à Lasalle. Mais il n'a longtemps fréquenté la Salindrenque qu'en vacances puisqu'il venait régulièrement à Rouveyrac et au Campet. Comment a-t-il fini par s'y installer et par prendre la part qu'il a prise dans l'animation locale ?

 

Hubert Cazalis : J'étais encore jeune, en 1989, quand une nouvelle équipe municipale, autour de Christian Flaissier, a eu pour projet de re-dynamiser le Foyer socio-culturel et j'ai été embauché comme animateur sur un contrat aidé. J'avais seulement 23 ans et une simple formation en animation (un " Bafa "). Je me suis retrouvé à gérer une série d'activités (yoga, fanfare etc...), la réservation des salles, la publication du " Grillon ", des projets à lancer... Mais le foyer socio-culturel s'orientait plutôt, à ce moment-là, vers le développement d'activités liées au tourisme estival. J'ai préféré ne pas renouveler mon contrat au bout d'un an : déjà, je m'intéressais davantage aux activités qui durent toute l'année. Je suis allé travailler au " Centre aéré " pour accueillir les enfants le mercredi et pendant les vacances scolaires, d'abord à Lasalle, puis à St Hippolyte du Fort 1

 

Le Grillon : Des emplois à temps plein ?

 

Hubert Cazalis : Non, des temps partiels. C'était un peu les vaches maigres mais en ces temps là on ne s'en souciait pas plus que ça : je circulais à vélo ou avec la 4L familiale.... J'ai travaillé aussi pour deux associations qui voulaient " dynamiser la montagne " : l'Association cévenole avec Philippe Noël (installé à Vabres, il s'intéressait beaucoup à la gestion forestière et au châtaignier) et Jean Quiminal et le Comité d'écononomie montagnarde du Gard avec Jean Martin. Dans l'ensemble il s'agissait de faire de la " recherche-action ", de l'expérimentation, de développer la pluri-activité pour trouver un moyen de vivre dans les Cévennes. Ca m'a surtout permis de connaître beaucoup de monde. Plus tard, dès 1993, j'ai travaillé à Ganges pour un organisme de formation, puis autour des problèmes d'aide à l'installation agricole, notamment avec la Confédération paysanne.

 

Le Grillon : Comment est venu l'idée de la Case à tous ?

 

Hubert Cazalis : Je connaissais depuis longtemps Andréas Johnes, qui avait repéré ma fibre " administrative " ! Il y avait (et il y a toujours) beaucoup d'artistes et de musiciens mais peu de gens qui s'intéressaient à la question des dossiers et de la comptabilité ! Andreas avait pour projet de fédérer ces artistes, de les aider à se rencontrer, pour répéter, monter et présenter des spectacles. C'est comme ça que je me suis trouvé président de l'Art-Scène (qui existe toujours 2) et qu'on a creusé l'idée d'ouvrir un lieu dans la maison familiale au Campet. Mon père y avait ouvert un restaurant, " La Salle à manger ", pendant quelques années avant de retourner à Paris : il restait tout le matériel de cuisine et de salle. Chérif Khentous et Djahida venaient de s'installer comme agriculteurs : Chérif était un ami d'enfance de la banlieue parisienne. Pour payer les musiciens on a convenu qu'on ferait la cuisine et qu'on proposerait des " repas-concert " avec tout le réseau de musiciens qui était réuni autour d'Andréas Johnes et de Christophe Lombard. On a trouvé ce nom - « la Case à Tous » - en réunissant les deux nôtres : Cazalis et Khentous.

 

... La suite dans Le Grillon sur papier du mois de novembre 2013

Entretien avec madame Hélène Vidal

Hélène Vidal
Hélène Vidal

(Extraits)

 

... Le Grillon : C'était donc la période de la guerre.

H.V. : Oui et on avait peur. Mon père était recherché. Il ravitaillait les deux maquis : celui du Serre (FTP) et celui des FFI. Je connaissais bien les Guiraud, mais aussi Jacques Baby le responsable du maquis du Serre. Les plus jeunes d'entre nous, garçons et filles, étaient agents de liaison et on amenait des courriers à Nîmes ou Alès, sans savoir ce que l'on transportait et sans se douter des risques que l'on prenait. Mais en tant que jeunes on n'attirait pas l'attention.

Et puis on avait fait ce fameux défilé (1° février 1944). Tous les jeunes du maquis avaient des fusils. Ils ne fonctionnaient pas mais les Allemands ne le savaient pas et ils ont cru qu'ils étaient beaucoup plus nombreux qu'en réalité. Il y avait eu une Marseillaise que tout le monde avait chanté de tout son cœur. Avec Ginette Lombard, une de mes amies, tout l'après midi on avait fait une Croix de Lorraine en utilisant des branches et des feuilles. Pendant le défilé nous sommes allé l'apporter fièrement sur la Place. Il y avait beaucoup d'émotion ! Cependant une partie de la population n'avait pas approuvé cette manifestation de peur de représailles.

 

... La suite (et le début) dans le Grillon sur papier du mois de septembre 2013

Docteur Louis Malzac

A lire dans Le Grillon du mois d'août 2013
A lire dans Le Grillon du mois d'août 2013

Le Grillon publie un portrait du docteur Malzac (1871-1936). Son action a marqué l'histoire du canton au début du XXème siècle avec celle de deux autres humanistes : l'instituteur François Viala et le pasteur Henri Bost. Avec ce texte nous publions un document d'époque sur les "cercles de tempérence" où, pour combattre d'alcoolisme, et surtout l'absinthe, on consomme du café (beaucoup), du thé (très très peu), des jus de fruit et ... du vin, rouge ou blanc. Probablement fort peu alcoolisé à l'époque, et produit sur place : tout Lasalle était entouré de vignes !

 

Après le portrait du Dr Malzac, complété par le témoignage de sa petite fille, vous pourrez découvrir en "full text" sur Internet son ouvrage "Les cachettes cévenoles aux environs de Lasalle" qui permet de découvrir les cachettes utilisées par les prédicants protestants pendant la période dite "du Désert" (le siècle où le protestantisme était interdit et les prédiquants poursuivis) mais aussi d'approcher ce qu'étaient les mas cévenols du temps du Docteur Malzac grâce à des descriptions parfois évocatrices. Malheureusement le texte en ligne comporte de nombreuses fautes de transcription rendant la lecture des noms propres un peu aléatoire pour les non résidents. Heureusement l'ouvrage a été ré-édité sur papier par les Editions Lacour-Ollé (Nîmes), sommaire ci-dessous :

 

I. Les cachettes huguenotes des Cévennes 9

II. La cachette de Rolland au Mas Soubeyran 31

III. Les cachettes de Soudorgues 

1° Cachettes de la Perjurade 35

2° Cachette du Moina

3° Le temple de Soudorgues 50

4° La maison Henri Viala aux Horts 52

5° Cachette du mas de l'Euzière 57

6° Cachette du mas de Lirou 59

IV. Ste-Croix de Caderles et les pentes du Brion.... 60

1° Cachettes du mas de Capou 63

2° Cachette du mas de St-Genieys 70

3° Cachette des Mouzignels 74

4° Cachette du mas du Mazel 75

5° Cachette et grotte de Pages 82

V. Les environs immédiats de La Salle 87

1° Jean Martin de Rieumal et sa maison.... 88

2° Le mas de Clarou 92

3° Cachettes de la Bouscarasse 95

4° La Clède de la Pâle 103

VI. Les cachettes de la vallée des Arnauds 105

VII Monoblet et ses cachettes 111

1° Mas de Pascalou 112

2° Le mas d'Unas 118

3° Le mas du Bruguier 122

4° La grotte du Serre de la Cazelle 122

5° Cachette de Pailliès 125

6° Au mas de Novis 128

VIII Le plateau de Colognac 131

1° Cachette du mas de Lascamps 133

2° Les galeries de Thérond 136

3° Cachette du mas de la Bastide 139

4° Cachette du mas du Vert à Bouzons 14

IX. Cachettes de la vallée de Cros 147

1° Cachette du mas de Sauvier 149

2° Autres cachettes 150

X. Vallée du Gardon de St-Jean 153

1° Cachette de Saillens 153

2° Cachette de las Parets 155

3° Cachette de Razet 156

4° Cachette du mas de Rouville 157

5° Le mas de la Baume à Peyrolles 158

X. Autres cachettes des Cévennes 161 

http://archive.org/stream/lescachetteshugu00malz/lescachetteshugu00malz_djvu.txt

Jeanine Teissier, ancienne ouvrière d'usine, ancienne agricultrice (Vabres)

L'âge venant, il arrive qu'on se dise : " Il faut que j'y pense, comment vais-je vieillir ? " Et puis on repousse bien vite l'idée. Quand on voit Jeanine Teissier, campée à l'abri de sa véranda, dans sa clairière entourée d'arbres, on se dit qu'elle a trouvé le bon fil ! Même si tout n'est pas rose au quotidien, elle poursuit son bonhomme de chemin, bien entourée de sollicitude et de visites par sa famille et ses amis. A son âge, elle a connu plusieurs " Cévennes " qui ne se ressemblaient pas mais elle n'en cultive pas la nostalgie : chaque période avait son caractère, ses bons et ses mauvais côtés. A travers elle, et les gens de sa génération, c'est un peu d'histoire locale qui se dessine et on comprend mieux en l'écoutant quel était la vie des générations passées, celles qui ont dessiné le paysage qui transparaît encore aujourd'hui, comme un fantôme, derrière un présent radicalement différent. 

 

... la suite dans le Grillon de Juillet 2013

Portrait de Christophe Lombard : ˝ J'ai toujours été attiré par la musique ˝

Christophe en répétition avec la chorale des P'tits matins qui chantent
Christophe en répétition avec la chorale des P'tits matins qui chantent

Le Grillon : - Votre arrivée à Lasalle est-elle le fruit d'un pur hasard ?

 

C.L. : - Au moment où j'ai décidé de venir, oui, on peut le dire. J'habitais Paris où mon père était architecte et je ne savais pas grand chose des Cévennes. Mais finalement, j'ai découvert que ce hasard n'en était pas tout à fait un. Le jour où j'ai annoncé à ma famille que je partais vivre à Saint André de Valborgne, mon grand père le peintre Jean Lombard m'a raconté qu'il y était allé, lui aussi, quand il avait 5 ans. Il devait assister à une fête donnée pour le centenaire d'un grand-oncle, un bourgeois protestant bon teint de St André. Je suis issu d'une famille à la fois protestante et catholique. L’ancêtre Lombard était lui aussi venu des Cévennes pour s'installer dans la soierie à Lyon. Quand j'ai connu la patronne du bistrot de St André qui affirmait avec humour qu'elle "se débrouillait" à Marseille, elle m’a appris que sa grande tante était domestique chez les Lombard, Quai de Serbie à Lyon. Et puis l'histoire de ma famille a été marquée par la guerre des religions qui est au cœur de la culture cévenole. Mon grand-père était protestant, ma grand-mère catholique. Leur mariage en 1925 n'allait pas de soi. D'ailleurs, la famille protestante n'est pas venue au mariage. Mon grand-père en a été évidemment très blessé. Ce n'est que cinquante plus tard, à leurs noces d'or, qu'ils ont pu réunir, un pasteur et un curé et toute la famille des deux côtés. Mieux vaut tard que jamais !

 

Le Grillon : - Donc pas d'enfance cévenole...

 

C.L. : - Hé non ! Issu d'une famille de 6 enfants, dont un frère jumeau, Jean-Baptiste. J'ai grandi dans la banlieue parisienne : à Sèvres et à Meudon. J'ai fait des études au lycée de Sèvres et après au lycée Michelet jusqu’au Bac puis Hyppokhâgne et Khâgne au Lycée La Fontaine à Versailles. J'ai eu une éducation très catholique. J'ai été louveteau, scout, patrouille libre, et dans tous les mouvements de jeunesse catholique. C'était comme dans le film "La vie est un grand fleuve tranquille". J'ai vécu l'époque des réformes du concile de Vatican II dans les années 60, le changement de look et de ton, tout. J’ai joué de la guitare moderne et chanté dans les messes « modernes »

 

La suite dans Le Grillon du mois de Juin 2013

 

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 Vu dans " l'Echo des Cévennes": le tome II de Fous des Cévennes" occupe la 5è place des meilleures ventes régionales selon le palmarès établi par la librairie                         Coularou 

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