Dossier  Démocratie (du grec dêmos, peuple, et kratos, pouvoir, autorité.)

 Sommaire du dossier

  Editorial 

 

1. La démocratie n'est pas une statue de marbre

 -encart : L'Assemblée nationale le 4 mars 1792 "

 

- La démocratie politique (Michelle Sabatier)

- encart : Le suffrage universel

- point de vue : Qui est le peuple ? (Gérard Feldman)

- encart : A propos du droit des femmes (Sophie Thomas)

- La démocratie politique (Michelle Sabatier)

- encart : Le suffrage universel

- point de vue : Qui est le peuple ? (Gérard Feldman)

- encart : A propos du droit des femmes (Sophie Thomas)

 2. Français encore un effort pour être démocratique

- Introduction (Michellle Sabatier)

- point de vue : Oligarchie ou démocratie ? (Philippe Marteau)

- encart : Soudorgues et la démocratie participative (Michelle Sabatier)

- point de vue : Une évolution de la gouvernance vers plus de démocratie (Lasalle) (Mikaël Berly)

- Narcissisme et démocratie (Gérard feldman)

- point de vue : Les populismes " bien de chez nous " (Michelle Sabatier)

- Démocratie " je t'aime moi non plus " (Gérard Feldman)

- encart : Qui représente le peuple (Gérard Feldman)

 3. D'autes formes de démocratie (Gérard Feldman)

 

   Editorial

 Lorsque le comité éditorial du Grillon a choisi de préparer un dossier sur « la démocratie » nous savions qu'il ne pouvait pas être question de faire un dossier d'une seule pièce où la démonstration serait implacable. En effet l'un des aspects fondamentaux de ce mode de gouvernance c'est le débat d'idées et la construction de l'opinion en fonction d'arguments, complémentaires ou opposés.

Plus que la simple addition de leurs membres, les sociétés forment un « corps social » parfois appelé « peuple ». Mais celui-ci n'est pas homogène : chacun ayant (ou croyant avoir) avec l'autre des intérêts divers, communs, différents ou contradictoires. Il faut toutefois, pour que fonctionne un principe de gouvernement, une organisation des forces politiques qui aboutisse à la prise de décisions. Ce "peuple", et les structures qui le représentent, évoluent à des vitesses différentes : la démocratie est une forme d'organisation en perpétuel devenir.

L'évolution de cet « état » se fait par secousses (ou « crises ») qui rendent les perspectives très incertaines. Toutefois son « assise » n'est pas les élections (c'est juste un thermomètre) mais plutôt la « culture démocratique » qui imprègne plus ou moins les individus et le fonctionnement des institutions. Par exemple dans le domaine du débat contradictoire : asséner «sa vérité  » à un contradicteur, ce n'est pas les faire preuve d'esprit démocratique. L'entendre, et analyser les points communs et divergences, c'est se comporter de manière démocratique : passer du soliloque (se parler à soi-même) au dialogue (parler à deux).

Bien entendu tous les membres du comité éditorial ne pensent pas de la même façon. Vous trouverez donc ici des informations (définition, historique etc.), des orientations et des « points de vue » dans lesquels vous pourrez "piocher" avant d'interagir et manifester accord ou désaccord.

 Bonne lecture,

 Michelle Sabatier.

 

Retrouvez l'intégralité de ce dossier dans le Grillon papier de janvier/février 2017... 

 

 

 

Faites chauffer l'école (dossier)

 

Refondation de l'école

La ˝ refondation de l'école ˝ entre en actes pour cette rentrée scolaire.

Enseignants, enfants, parents, grands-parents et autres partenaires vont devoir immédiatement s'adapter. Le Grillon ne pouvait faire moins que de vous la présenter.

 

La ˝ refondation ˝, ce n'est pas rien. Ce n'est pas seulement rénover la façade mais reprendre même les fondations ! A partir de maintenant tous les enfants vont bien apprendre à l'école, ils vont apprendre tous à être gentils, tous égaux, et en plus, on va tout faire pour qu'ils s'éclatent... Vous n'y croyez pas ?

 

 Pourtant il n'a pas fallu moins de trois ministres pour y arriver ! Un pour commencer (Vincent Peillon), un second pour renforcer (Hervé Hamon), et une troisième pour parachever (Najat Belkacem). Une sorte de Sainte Trinité, en quelque sorte, a présidé à la rénovation de l'école laïque. Sans compter notre Président (notre Père ?) qui surveille tout ça de très près. Bon, mais là, à quatre, ça évoquerait plutôt une partie de belote.

 

 Comme la refondation de l'Ecole se décline en six points, cela va nous donner huit articles. Pas très logique ? Ben si. Un pour le contexte au début, un autre pour une impression générale à la fin, et six pour les six points. Ça va, vous suivez ? Vous avez intérêt, il y aura une interrogation écrite dans le prochain journal.

 

Ça démarre mal...

 

 Nouveaux programmes scolaires, nouvelle organisation, nouveaux manuels sortis tout frais, tout neufs des imprimeries. Cette rentrée aurait dû s'effectuer dans la joie et dans la bonne humeur. Pourtant, personne n'a l'air de rigoler. On se demande bien pourquoi. Tentons d'éclaircir ce mystère.

 

Tout d'abord, il est très possible que trop de réformes tuent la réforme.

Depuis l'année 1970, on a assisté à une véritable danse des programmes. Ils ont changé en 1977, en 1978, 1980, 1985, 1991, 1995 et 2002 pour les derniers... La succession impressionnante du rythme des réformes des programmes (sans parler des autres réformes qui touchent à l'organisation, aux rythmes, à la pédagogie...) semble indiquer que rien ne fonctionne correctement. Et d'autant plus que chacun s'accorde à dire que ça ne marche pas bien. Les réformes se succèdent sans que personne ne fasse une évaluation sérieuse de la réforme précédente. Heureusement d'ailleurs, car ce serait impossible : il est communément admis qu'il faudrait au moins 10 ans pour qu'une réforme soit réellement intégrée dans la pratique des enseignants.

 

 Un doute bien compréhensible plane donc d'emblée sur les chances de réussite de cette nouvelle tentative. Et cela, même si, Vincent Peillon a bien pris soin de ne pas parler d'une énième réforme, mais bien d'une « refondation ». Attention, tout va changer !

 

Contretemps et imprévus

 

Le contenu de la « refondation » a été largement occulté par les polémiques soulevées par la réforme des rythmes scolaires à l'école primaire. Cette réforme a suscité bien des remous car elle changeait très pratiquement la vie et l'organisation des familles. Ces rythmes n'avaient pas changé entre 1882 et 1966, mais depuis 1969, on se rattrape, ça n'arrête pas de changer !!

 

 - 1969 – 1989 : la semaine scolaire est organisée sur 4 jours 1/2. Le nombre de jours travaillés est de 180. Les 30 heures de cours passent à 27h00 (le samedi après-midi est libéré). 

 

 - En 1972, le jeudi non travaillé est remplacé́ par le mercredi.

 

- 1989 – 2008 : la semaine scolaire est organisée sur 4 jours 1/2 pour les élèves, sur la base d’une moyenne de 26 heures hebdomadaires. C’est la mise en place des samedis libérés. Le nombre de jours travaillés est toujours de 180. Le temps de service des enseignants est de 27 heures : une heure dans leur service est prévue pour les réunions de concertation, les conseils d’école et les animations pédagogiques. Les collectivités peuvent mettre en place un calendrier dérogatoire.

 

 - 2008 – 2013 (ou 2014) : la semaine scolaire est organisée sur 4 jours pour les élèves. Le nombre de jours travaillé diminue. Il passe à 144 par an. Un décret prévoit la possibilité́ d’organiser la semaine sur 9 demi-journées.

 

Des oppositions virulentes

Tout cela a conduit à des oppositions, souvent exacerbées par des arrière-pensées politiques, même si il y avait consensus au départ.

 

Enfin la « refondation » a encore été enfouie sous les débats les plus délirants concernant l'enseignement de la « théorie du genre » à l'école. L’ « ABC de l'égalité »  pour les garçons et les filles lancée par Najat Belkacem a suscité l'hystérie débouchant sur une « grève » de l'école impulsée par une alliance entre des musulmans, des catholiques et une partie de l’extrême droite. Une enseignante s'est même vue dénoncée pour avoir soi-disant appris à des enfants à se masturber ! Farida Belghoul et Dalila Hassan ont été condamnées par la justice pour avoir proféré de telles accusations naturellement sans aucun fondement,

 

 Avec tout ça, les fondations de la « refondation » avaient été carrément ensevelies...

 

 Point 1 : « Redonner plus de moyens à l'école » ?

 C'est l'éternel débat. Peut-on faire mieux avec moins, ou fait-on moins avec plus. Autrement dit, comment ne pas gaspiller les fonds publics tout en améliorant le fonctionnement de l'école ?

 

Jusqu'à présent l'Education Nationale n'avait pas donné de résultats très satisfaisants. 12 275 000 élèves et apprentis ont coûté 146 milliards d'euros dépensés en 2014, dont 99,7 pour l'enseignement scolaire soir 7760€ par élève pour l'année. 74,3% sont dépensés pour les salaires et pensions. (Chiffres officiels du gouvernement).

Malgré cela, nous sommes au deuxième rang pour le nombre d'élèves moyen par classe 18,1 après le Royaume Uni 21,1. Tous les autres pays ont moins d'élèves par classe en moyenne.

 

12% seulement de la population française possède un diplôme universitaire. Moins bien que la Hongrie et la Corée du Sud ! 15% des élèves sont en grande difficulté au sortir de l’enseignement primaire, et c’est le cas du double voir du triple dans les quartiers défavorisés. (Voir Jacques Attali – " Une brève histoire de l’avenir ").

 

La « refondation » implique un gros effort financier : il porte sur la création de postes.

 

Malheureusement, après la suppression de 80 000 postes sous l'ère Sarkozy, il ne s'agit même pas d'un rattrapage. Surtout, l'évolution démographique favorable n'a pas été anticipée. Résultat : l'augmentation du nombre des élèves absorbe les créations … qui, elles, ne peuvent plus servir à réaliser les ambitions proclamées. 

 

Pourtant, il y a comme un problème.

....

la suite dans le Grillon papier de septembre/octobre

 

Gérard Feldmann

 

 

Dites-moi, c’est quoi « un jeune » ?

 

Une expression entendue au détour d’une conversation m’a interrogé l’autre jour : « Il faut bien que jeunesse se passe ». Je me demandais ce qu’elle pouvait bien vouloir dire. La jeunesse serait-elle une mauvaise passe ? Faudrait-il que celle-ci passe plus vite qu’une autre période de vie ? Précède-t-elle une période plus importante ? Pourquoi faudrait-il qu’elle passe si vite cette jeunesse ?

En y pensant, je réalisais aussi à quel point nous pouvions parler négativement de cette catégorie indéterminée que sont les « jeunes », dans notre langage courant, mais aussi dans les médias : être jeune dans le métier, jeunes casseurs, de banlieue, en difficulté,  « une caissière agressée par des jeunes… » Alors, je me suis demandé : sont-ils vraiment une catégorie sociale pour qu’en parlant de l’un d’entre eux, on les désigne tous ?  Pouvons-nous considérer ces fameux jeunes comme un groupe déterminé ? Je ne crois pas… Et puis un jeune ? C’est quoi ? Ça termine quand ? C’est quelqu’un à qui il manque de l’âge, c’est ça ? Lui manquerait-il vraiment quelque chose à ce jeune ou au contraire a-t-il quelque chose en plus peut être ?...

Je me sens maintenant troublé du traitement que l’on peut faire de la jeunesse dans nos représentations et dans le langage qui en découle... Quel regard portons-nous sur eux ? La société ne véhicule-t-elle pas une image négative de la jeunesse, qui se définirait uniquement par le manque (d’expérience, de maturité voire de sagesse…) face à l’image d’un adulte qui serait lui « tout puissant » ? Avons-nous peur de nos jeunes ?  De leurs différences ? De leur capacité à nous remettre en question peut être ?  C’est probable… Quel regard portons-nous sur nos enfants, nos ados, nos étudiants, les jeunes du village ? Quand je les regarde à Lasalle, je me dis que nous pourrions leur donner plus de place et d’écoute, mieux écouter leurs besoins. Savons-nous vraiment ce que c’est que d’être jeune ici ? Avons-nous oublié ce que nous avons vécu quand nous étions à cette place ? Cela fait pas mal de questions…

 

la suite dans le Grillon papier de juillet/août 2016 

 

Michaël BERLY

 

 Calme et vacarme

 

Au moment où vous lisez, peut-être avez-vous déjà froid... peut-être êtes-vous submergés par des trombes d'eau venues en cascades du ciel. Au moment où j'écris, le temps chaud de cette fin de juillet exhale toute sa pesanteur transpirante. Dehors, on entend des cris d'enfants. Ils jouent, rient ou rouspètent, insensibles, semble-t-il, à la torpeur ambiante. Les multiples piscines éclaboussent mes oreilles de leurs piailleries. Rêves de l'humain qui veut retourner, sans se déplacer, vers ses origines aquatiques... Un avion passe. Le ronronnement de son moteur me survole en baragouinant. Puis un autre. Ailleurs, une machine vrombit et sa mèche s'enflamme en pénétrant le béton. D'autres moteurs s'apostrophent : tondeuses et tronçonneuses, scies sauteuses et ponceuses, mobylettes et motos, voitures et camions... Tous se parlent, se répondent ou s'insultent, selon l'humeur du moment...

Parfois les bruits ont des odeurs. Des hurlements d'adultes appellent au sacrifice du cochon ou de l'agneau qui grésillent sur leurs barbecues brûlants. Seules les premières bouchées imposent un relatif silence, vite démenti par les borborygmes digestifs et diverses manifestations sonores et démonstratives de bien-être. L'acidité des moteurs pétaradant de diesels mal réglés, l'âpreté du crépitement des feux de jardin malgré les interdictions. Les odeurs peuvent même se glisser subrepticement, sans bruit, comme les odeurs de vase non nettoyée, en cas de bas étiage.

 

la suite dans le Grillon papier de juillet/août

 

Gérard Feldman                                                                                                      

 

 

 Votre livre, vous le voulez papier ou numérique ?

 

La rubrique « point de vue » du dernier Grillon publiait des prises de position sur le livre numérique à la suite d'un débat organisé par la médiathèque sur ce sujet d'actualité. Avec ma petite lampe de poche, j'aimerais y apporter un autre éclairage. Il semble que la bataille fasse rage entre les partisans du tout numérique et les défenseurs du livre papier « fabriqué à petite échelle ». Les premiers défendent le tout numérique comme un formidable support pour la diffusion de la pensée. Les seconds s'y opposent farouchement. Pour eux, le numérique ne serait qu'un vil outil au service du capitalisme exploiteur et gaspilleur.

Il est clair que les partisans du tout numérique ignorent le risque de voir les propriétaires des réseaux de distribution sur internet s'approprier toute la création littéraire ou musicale en détruisant les droits des auteurs, des producteurs et des autres réseaux de distribution (libraires, disquaires...). Il y a là un risque non seulement économique mais un risque de formatage et de nivelage culturel. Tout équivaudrait à tout.

Les partisans du tout papier se présentent comme des opposants « révolutionnaires » à ce danger. Curieusement pour des « révolutionnaires », ils prônent un retour au « vieux livre », « limité, austère, déconnecté et local » comme à l'époque des sociétés « sans réseau électrique ». Regrettent-ils aussi les époques où seule la caste des scribes lettrés détenait le pouvoir d'écrire et de publier ? Pas de gaspillage possible ! Seul le pouvoir en place, même « local », commandait et décidait des publications.

Pour le meilleur et pour le pire, le numérique est devenu partie intégrante de nos vies. Comment imaginer de le supprimer aujourd'hui ? D'autant que dans ses aspects les plus sympathiques, il permet une libre diffusion des idées et de la culture à un niveau jamais atteint. Les dictatures le savent bien, qui s'efforcent toujours d'en contenir ses effets. Bien entendu, il paraît nécessaire d'instaurer des règles.

 

 la suite dans le Grillon papier de juillet/août 2016

 

Gérard Feldman

 

 

 

 

Jours d'inquiétude

 

Passé l'évènement, aujourd'hui plus que jamais le présent s'effiloche sans prendre forme. C'est une vie sans accroche, qui flotte aux vents d'automne. Qu'est-ce qui insuffle à l'âme une forme solide quand elle-même est devenue trop fragile pour prendre racine et donner corps à la succession des jours ? Passe le temps, un écran d'irréalité morose se fige entre l'œil et le réel. Recul devant l'obstacle d'une quotidienneté douce-amère, ce long jour de grisaille qui tient lieu de futur.

Nourrir l'âme c'est l'urgence. Lui donner goût : celui de la vie qui est plaisirs et douleurs, mais qui refuse la mort de toute son énergie. Celui de l'honneur : qui est de se respecter soi-même en saluant l'autre, même sans retour. Celui du courage : qui est de relever ses ruines sans se plaindre. Celui de résistance : qui est de planter autant son énergie dans le refus de l'inacceptable que de prendre le risque d'acquiescer au changement en non-connaissance de cause. Car le changement se construit dans le doute, l'essai et l'erreur. Car le refus de changer c'est la certitude du souffle qui manque, de l'air qui se raréfie, des couleurs qui palissent et du cœur qui ne bat plus.

Qu'opposer aux valeurs mortifères sinon des signes de renouveau ? Construire en chacun une part d'humain qui dépasse les appartenances filiales et tribales. Créer des liens au-delà des affinités électives. Tisser avec des individus libres des projets qui prennent à chacun une part du meilleur de lui-même pour faire le pas-à-pas qui conduit du jour au lendemain. Et quand " l'étrange étranger " d'une culture différente nous interpelle, faire preuve de tolérance certes, mais jusqu'aux limites qui appellent au contraire le refus tout net d'adhérer.

Dire d'abord, affirmer, articuler (être audible !) ce en quoi nous croirons coûte que coûte, car sans cela nous ne sommes pas. Bannir l'implicite qui noie la pensée dans la vase du flou. Eclaircir.

Oui, de valeurs nous sommes en quête : qui peut dire qu'il les détient ? Celle de la vie qui nourrit la liberté des individus quand ils parviennent à la goûter. Celle des solidarités humaines qui ne comptent pas seulement sur les liens institutionnels. Celle du vouloir-faire qui porte au-delà de ce qui est impossible quand on n'entend pas que ça l'est. Celle de l'ouverture d'esprit comme souvenir de voyage. De l'éducation de pair à pair, chacun portant son histoire et son potentiel de création comme un blason. Celle de l'estime de soi à cultiver comme une flamme en y intégrant les leçons de l'échec.

Et puis construire une vie humaine : choisir une perspective, définir des priorités, faire des choix, savoir négocier les étapes de cet étroit espace de temps qui nous est propre. Et ce dès les premières années, quand la conscience d'être un individu humain donne une forme aux représentations qui vont ensuite gouverner l'âme pour le meilleur et pour le pire. Pour se construire, déconstruire, reconstruire, il faut toute une vie, et toujours dans le regard et l'estime de l'autre, sans qui l'on n'est rien.

 

Michelle Sabatier (nov.2015) .

 

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Coudre et découdre la famille…

 

La Famille Bélier d’Éric Lartigau est un film au titre peu engageant. Porter le nom d’un animal muni de 4 pattes et d’une paire de cornes, ça ne fait pas rêver. Nous voici déjà plongés dans l’humour de ce film… La famille Bélier est d’ailleurs une famille d’éleveurs. Le père, la mère et le garçon sont sourds et muets. Ils manifestent leur colère ou leur joie sous la forme de cris, d’attitudes assez excessives, en lieu et place de la parole qui leur manque. Seule Paula n'a pas ce handicap, non, « cette particularité » reprennent en cœur ses parents qui récusent le terme d'handicap et tolèrent tout au plus celui de « spécificité ». Le film va d’ailleurs nous montrer leur univers, leurs difficultés de lien avec les autres, et la place centrale de Paula qui crée une interface entre ses parents et le monde. En effet Paula traduit la parole des uns, le langage des signes des autres ; elle est le bras droit de son père, et ni lui, ni sa mère, ne se doutent qu’elle puisse avoir un intérêt propre, particulier. Elle est au service de sa famille, elle les aide à vendre au marché leurs produits fermiers, elle leur sert d’interprète.

 

Et lorsque son père lui annonce qu'en dépit de sa surdité, il se présente aux élections municipales, souhaitant supplanter le maire, là encore, elle va servir d’intermédiaire. Elle remplit cette fonction avec beaucoup de finesse : elle ne traduit pas mot à mot les propos de ses parents, elle les adapte pour qu’ils ne heurtent pas l’auditoire. En fait elle crée la communication entre ces deux mondes : elle fait lien.     

Paula a une particularité : sa voix. Non seulement elle chante, mais elle chante bien, et elle aime chanter. Ses parents n’en ont aucune idée. Ce « désir décidé » est le véritable sujet du film. Paula ne trouve aucun appui ni chez ses parents, ni chez le garçon dont elle est amoureuse ; elle suscite l’intérêt d’un professeur de chant qui va lui proposer de l’aide, mais elle est avant tout le propre artisan de sa destinée.

Comme son nom l'indique, ce film parle de famille, tout comme le dernier long métrage visionné à La Filature : Les Merveilles d'Alice Rohrwacher. Or, cette institution, la famille, est très décriée de nos jours. C’est la « parentalité » qui est mise en avant pour tenter de définir les nouveaux liens qui unissent les générations. Mais ce thème intéresse toujours autant, car chacun, à sa façon, est pris dans la graine de folie inhérente à toute famille. Dans le film « Les Merveilles » où l'héroïne est également la fille ainée, bras droit d'un père qui a choisi de se tenir à l'écart de la société et de l’imposer à sa femme et à ses enfants, il s’agit pour Gelsomina de trouver comment se séparer.

Paula dans « La Famille Bélier » s’engage en s’appuyant sur son don : « je pars » chante-t-elle devant un jury, tout en l'exprimant en langage des signes devant ses parents.

S’agit-il d'une comédie qui finit bien ou d’un commencement ? Boris Cyrulnik ne parlerait-il pas de résilience ?...

 

Isabelle Brut

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Calme et vacarme

 

Au moment où vous lisez, peut-être avez-vous déjà froid... peut-être êtes-vous submergés par des trombes d'eau venues en cascades du ciel. Au moment où j'écris, le temps chaud de cette fin de juillet exhale toute sa pesanteur transpirante. Dehors, on entend des cris d'enfants. Ils jouent, rient ou rouspètent, insensibles, semble-t-il, à la torpeur ambiante. Les multiples piscines éclaboussent mes oreilles de leurs piailleries. Rêves de l'humain qui veut retourner, sans se déplacer, vers ses origines aquatiques... Un avion passe. Le ronronnement de son moteur me survole en baragouinant. Puis un autre. Ailleurs, une machine vrombit et sa mèche s'enflamme en pénétrant le béton. D'autres moteurs s'apostrophent : tondeuses et tronçonneuses, scies sauteuses et ponceuses, mobylettes et motos, voitures et camions... Tous se parlent, se répondent ou s'insultent, selon l'humeur du moment...

Parfois les bruits ont des odeurs. Des hurlements d'adultes appellent au sacrifice du cochon ou de l'agneau qui grésillent sur leurs barbecues brûlants. Seules les premières bouchées imposent un relatif silence, vite démenti par les borborygmes digestifs et diverses manifestations sonores et démonstratives de bien-être. L'acidité des moteurs pétaradant de diesels mal réglés, l'âpreté du crépitement des feux de jardins malgré les interdictions. Les odeurs peuvent même se glisser subrepticement, sans bruit, comme les odeurs de vase non nettoyée, en cas de bas étiage.

Au loin, d'autres vociférations n'ont d'autre sens que de manifester une présence. Comme si leurs auteurs avaient peur qu'on oublie leur existence.

Les aboiements des chiens excités par le passage de promeneurs participent au concert.

Mais par-dessus tout cela, et puisque je parle de concert, un rythme cardiaco-dépressif s'impose faisant taire tous les autres. Le fameux BOUM BOUM BOUM... s'étale jusque dans les recoins les plus fermés de mon intimité. La ˝ musique ˝, dira-t-on, dont les moyens technologiques modernes permettent une diffusion aussi protubérante qu'affligeante. C'est la Fête. Une Fête qui se divise et se multiplie comme des cellules cancéreuses en de multiples lieux, en de multiples soirées, en de multiples nuits qui ne s'achèvent pas toujours avec le jour naissant.

J'ai le choix entre l'étouffement par la chaleur en fermant mes fenêtres ou l'énervement paroxystique source dangereuse de toutes les agressivités. Il y a aussi la solution de ces fameuses boules pâteuses qu'on enfonce dans ses oreilles. Elles vous placent à l'isolement carcéral.

Vous pensez que je vis dans une agglomération urbaine pétaradante, surpeuplée et embouteillée ? Non, j'habite juste dans un petit village de 1150 âmes, niché dans en pleine nature dans un Val bien abrité... Et j'y prends conscience, spécialement au cours de l'été, que le calme est devenu un luxe plus inaccessible qu'une Rolls Royce plaquée or avec certificat de moralité à l'appui. Le calme, pas le silence, dont on sait qu'il tue aussi sûrement que le fameux cri létal. Le calme qui me permettrait d’entendre le chant prégnant des grillons et des cigales, des mésanges ou des rossignols, les clapotis de la rivière et le croassement des grenouilles et des crapauds, le craquement d'une feuille sous mes pas, tes lèvres remuer, ton regard me parler, le doux bruissement de mes mains dans tes cheveux. Autant dire le rêve d'un voyage totalement exotique...

Alors je me dis que si un tel voyage pouvait exister, il pourrait y avoir un Tour Operator pour l'organiser. Et si le calme est un luxe, pourquoi Lasalle, le Val de Salindrenque dans son ensemble, ne deviendraient-ils pas la destination paradisiaque, où il serait possible de le trouver ?

J'imagine d'ici les flux de touristes impatients de vivre cette aventure, et déçus par les interminables listes d'attente qui, inévitablement, se formeraient pour participer à un tel projet.

Qui cherche un concept touristique capable d'attirer les foules, de redynamiser les commerces et l'économie locale ? En voici le slogan : « A Lasalle, vis au calme !!!! »

Mais j'entends d'ici les objections : « Mais ce serait le désert !!!! »

Le Désert n'est-il pas aussi une valeur cévenole héritée des hébreux antiques ? Et dans ce désert vous y trouverez des trésors. Lesquels ? Vous, bien sûr...

 

Gérard Feldman         

 

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Le centenaire de la «Guerre de 14»,

occasion de mesurer combien les Européens ont changé.

 

Comme je suis né en 1937, c’est mon grand-père qui m’a le premier parlé de la première guerre mondiale. Il avait fait la «guerre qui finira la guerre» comme officier d’artillerie. Il avait survécu à Verdun avec beaucoup de chance : Il était seulement partiellement sourd. Il en était revenu féroce envers la démocratie parlementaire, nos hommes politiques, et notre haut commandement. Il disait que c’était la République qui avait inventé la levée en masse (Lazare Carnot et son armée d’un million cinq cent mille hommes en 1794), tandis que les monarchies avaient au moins la décence de limiter leurs armées à quarante mille professionnels.

 

Pour lui, cette guerre aurait d’abord dû être évitée parce que personne en 1914 n’avait de raison profonde pour la faire, aurait ensuite dû finir dès 1917 avec une paix négociée, alors qu’en Novembre 1918 le Traité de Versailles imposé aux vaincus préparait le terrain pour la deuxième guerre mondiale. Bref il était en avance sur son époque mais je ne m’en rendais pas compte. Je me suis rendu compte beaucoup plus tard à quel point notre attitude envers certains archétypes comme la patrie, certains symboles comme le «sang impur» ou la frontière dite «naturelle», certaines valeurs comme l’honneur, avaient changé en un siècle.

 

Si, visitant les capitales de l’Europe en Juillet 1914, nous avions annoncé dans des conférences que dès 1949 la France allait entamer des négociations avec l’Allemagne et quatre autres pays européens proposant dès à présent de renoncer formellement à la guerre, comme ambition immédiate un Marché Commun, et à long terme une Europe unie, et que les plus grandes réussites politiques du 20e siècle - L’indépendance de l’Inde devenant en même temps une démocratie, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, celle-ci devenant une république gouvernée par les Africains, le traité de réconciliation franco-allemand - seraient les fruits de politiques de non-violence, nos auditeurs auraient pleuré de rire en se tapant le derrière par terre, et en nous remerciant de les avoir tellement divertis. Et ceux qui n’auraient pas ri nous auraient sévèrement critiqué sur le ton de Déroulède pour tenter de détourner les pensées des Français de leur devoir sacré : Reprendre l’Alsace-Lorraine à n’importe quel prix. Ce qui, en effet, fut le prix que nous avons payé.

 

Cinq cent millions d’Européens vivent en paix parce qu’ils ont appris qu’aucune patrie ni aucune église ne vaut la vie d’un innocent, et que deux armées qui s’affrontent c’est d’abord deux multitudes d’innocents qui se tirent dessus parce qu’on leur a dit que massacrer les innocents d’en face est à la fois un devoir sacré, la seule solution à tous les problèmes, et la seule manière d’établir la paix.

 

Et cependant, aujourd’hui même ailleurs et pas si loin, la guerre continue. Oh, si on compte les morts par année, elle tue beaucoup moins qu’entre 1914 et 1945. Mais elle va plus loin dans l’absurdité.

 

Aujourd’hui les fanatiques soi-disant musulmans entretiennent la haine guerrière envers les chrétiens, juifs, américains, français et autres occidentaux, mais exploitent cette haine pour d’abord massacrer une très large majorité d’autres musulmans. A part quelques otages occidentaux (dont un Français) à qui on coupe la tête avec fierté en diffusant la vidéo de l’exécution grâce à Internet, et quelques douzaine de soldats israéliens à Gaza, ce sont les musulmans sunnites, chiites, alaouites, kurdes et autres qui se massacrent entre eux. En 14-18, on tuait celui qui porte le mauvais uniforme qui identifiait «l’autre» ; en 39-45 on exterminait celui qui n’est «pas comme nous», n’importe son occupation, sa coiffure, son sexe ou son âge. Maintenant c’est celui qui est comme nous, mais pas tout à fait !

 

L’Europe est en paix parce qu’elle est devenue laïque au vrai sens du terme : respect absolu de l’être humain, de ce qu’il est et qu’il croit. Encore un effort et avec Simone Weill nous remplacerons les Droits de l’Homme (qui laissent à chacun la charge de défendre ses droits) par les Devoirs envers l’Etre Humain (que l’on peut imposer à n’importe quelle sorte de pouvoir). Patience…

 

André Teissier du Cros, Président, Comité Bastille

           

                                                               

                                                                     + + + + + + + + + +

 

 

Le Grillon a reçu un texte signé d'un certain M. Fernand Raynaud, inconnu dans le Val de Salindrenque. Il se dit douanier de son état et il écrit comme il baragouine. Après vérification il existe encore 16 662 douaniers et il faut bien que tout le monde s'exprime. Nous le laissons seul responsable de ses propos qui n'engage en rien la respectable corporation des douaniers.

 

˝ J'suis pas un imbécile moi, j'suis douanier.

J'aime pas les étrangers, ils viennent manger l'pain des français... ouais !

C'est curieux : comme profession, j'suis douanier, et puis j'aime pas les étrangers... Hein ?

Quand j'vois un étranger qui arrive, puis qui mange du pain, j'dis : "ça c'est Mon pain !"

Puisque j'suis français, et puis il mange du pain français, donc c'est MON pain à moi.

 

J'aime pas les étrangers parce que moi je suis français, et je suis fier d'être français.

Mon nom à moi, c'est Koularkientensky du côté de ma mère... et Piazzano-Venditti du côté d'un copain à mon père.

C'est pour vous dire si j'suis français !

 

J'aime pas les étrangers, ils viennent manger l'pain des français...

Dans le village où on habite, on a un étranger, alors, quand on le voit passer, on dit :

"Tiens, ça, là, ça - c'est l'étranger".

On l'montre du doigt, comme un objet... On n'a pas de respect.

Quand on a du respect pour un être humain, on ne dit pas "ça", là, non. On dirait : "Ce monsieur"...

 

C'est un étranger, il vient manger l'pain des français...

 

Quand sa femme passe, la tête basse, avec ses p'tis enfants qui baissent la tête; on dit :

"Ça, ça là, c'est des étrangers : ils viennent bouffer l'pain des français."

 

L'autre dimanche, dans mon village, j'avais été - c'était à la sortie de la messe de dix heures - j'avais été communié au café d'en face. Y a l'étranger qui a voulu me parler. Moi, j'avais autre chose à faire, pensez, parler avec un étranger !

J'avais mon tiercé à préparer... Je suis douanier. Je suis pas un imbécile. Enfin, du haut de ma grandeur, étant fonctionnaire, j'ai daigné l'écouter, cet imbécile (il est étranger, forcément)...

 

Il m'a dit, euh :

« Ne pensez vous pas qu'à notre époque, c'est un peu ridicule de traiter certaines personnes d'étrangères, nous sommes tous égaux. Voilà ce que j'avais sur le cœur, je voulais vous dire ça, Monsieur le Douanier, vous qui êtes fonctionnaire et très important, vous qui avez le bouclier de la loi... Nous sommes tous égaux. On peut vous le prouver : quand un chirurgien opère un cœur humain, que ce soit au Cap, à Genève, à Washington, à Moscou, à Pékin, il s'y prend de la même manière : nous sommes tous égaux. »

 

Pauvre andouille va ! Venir me déranger pour dire des inepties pareilles !!!

Il a poursuivi... Ils sont tellement bêtes ces étrangers, ils viennent manger l'pain des français.

Y m'a dit... euh ... :

˝ Est-ce que vous connaissez une race où une mère aime d'avantage ou moins bien son enfant qu'une autre race ? ˝

 

Là, j'ai rien compris à ce qu'il a voulu dire... J'en ai conclu, qu'il était bête...

En effet, lorsque quelqu'un s'exprime et que l'on comprend pas ce qu'il dit, c'est qu'il est bête !

Et moi je peux pas être bête, .... je suis douanier ... :

"Va-t-en, étranger !"

Il m'a répondu:

« J'en ai ras-le-bol, moi. Votre pain, et votre France. Je m'en vais. »

Il a pris sa femme, sa valise, ses enfants, ils sont montés sur un bateau, ils ont été loin au delà des mers, lououain...

Et, depuis ce jour là, dans notre village, eh ben on mange plus de pain, dit !

Il était boulanger !!! ˝ 

 

Fernand Raynaud

Artiste comique de la scène française

né en 1926 et décédé le 28/09/1973

Témoignage sur la guerre de 39-45 à Lasalle : une lettre de Jacques Jacob Rotenberg

 

Le 22 juin prochain, Lasalle commémorera la bataille de Cornély qui a vu s'affronter le 16 juin 44 les maquisards lasallois et l'armée d'occupation allemande. Au cours de cet affrontement le gendarme Favède perdit la vie aux côtés des résistants. A cette occasion, nous publions ci-dessous, des extraits d'une lettre de M. Jacques Jacob Rotenberg, à l'époque réfugié juif à Lasalle et qui s'est engagé ensuite dans la Résistance. Il vivait à Jérusalem en 1994 quand il l'a écrite. Il s'agit d'un témoignage très important sur l'histoire du village. Ce texte dont l'intégralité fait 7 pages, nous a été confié par M. Walter Soulier.

 

˝ Le pasteur (Wasserfallen auquel Jacques Rotenberg exprime toute sa reconnaissance) me conduisit à mon nouvel abri, la ferme ˝ Bouscarasse ˝ près de Calviac, située à 3 km de Lasalle et je fus accueilli par la famille de Gabriel Soulier.J'étais encore une fois en plein maquis et j'y suis resté jusqu'en février 44.

 

Mes parents et Roger (son frère) restèrent environ deux mois au presbytère, sous la protection de l'ambassade de Suisse. Tout se gâta par la suite et à son tour mon père fut caché chez les cousins de la famille Soulier entre Saint Hippolyte du Fort et lasalle, comme employé de ferme et réfugié alsacien. Mon père y rsta jusqu'à la Libération. Ma mère et mon frère Roger furent séparés. Roger fut hébergé chez le fille Soulier, Jeannette, à Calviac. En se disant réfugié alsacien, il put aller en classe. Ma mère elle, se retrouva également chez des cousins des Soulier, la famille Hodge. La ferme se trouvait à l'entrée de Lasalle, à 100 mètres de la gendarmerie. Hasard incroyable, le fils de cette famille Hodge était dans la même classe que moi au lycée de Nîmes. Mes parents et Roger restèrent dans ces familles jusqu'à la Libération en août 1944.

 

Ma mère, je ne l'ai su que par la suite, a subi une terrible épreuve. Elle fut prise en otage, suite à des représailles et elle resta 24 heures face à un peloton d'exécution. Personne ne comprit comment elle sortit indemne de cette situation. Naturellement, mes parents et moi-même nous aidions de notre mieux, en faisant des travaux dans la ferme, c qui était la moindre des choses, car si ces personnes étaient prises, elles étaient immédiatement exécutées.

 

Quant à moi, je peux dire que chez cette famille de Gabriel Soulier, j'étais considéré comme leur fils, partageant le lit de leur fils Georges.

 

Naturellement, durant cette année chez les Soulier, il y eut quelques alertes. Un exemple : je pense que ceci s'est passé le 11 novembre 1943. Les FFI en uniformes et armés voulaient célébrer cette date. Une prise d'armes eut lieu le soir au Monument aux morts de la guerre de 14_18, dans le village de Lasalle, devant une nombreuse population. Mais naturellement, il y avait aussi des ˝ collaborateurs ˝. Aussi, deux jours plus tard, il y eut une action de représailles de la part de la milice. Les réfugiés, les maquisards prévenus, étaient cachés dans le maquis. Je me souviens. Il faisait très froid et j'avais une angine. Il y eut une bataille entre les maquisards et la milice et si mes souvenirs sont exacts des tués et des blessés du côté du maquis. Les prisonniers blessés furent envoyés sur Nîmes et exécutés par les allemands. Les allemands avaient pris soin d'abord d'arrêter la circulation... pour que ces exécutions se fassent devant des milliers de personnes. L'heure choisie était midi, l'heure de la sortie du travail. La radio de Londres en avait parlé. Si vous avez l'occaion de vous rendre à Nîmes, sur la grande avenue qui se trouve face aux jardins de La Fontaine, avenue de la République, un monument en forme de pyramide a été érigé à la mémoire de ces héros.

 

Qu'il me soit permis de raconter une histoire incroyable, mais véridique. Un des responsables des maquisards du gard, Francis Robert (note du Grillon : Robert Francisque) jouait (si l'on peut dire) double jeu. Il était également un des responsables de la milice de la région, ce qui permettait aux réisistants d'être au courant des actions que la milice voulait entreprendre. J'en parle ici, car je l'ai connu personnellement. En effet, il était très ami avec les Soulier, et à plusieurs reprises, il est venu à la Bouscarasse en tenue de milicien. Lorsqu'il venait, il passait la nuit à la ferme, je partageais mon lit avec lui, (le fils Georges allait dormir avec son grand-père). La nuit, la ferme était gardée par plusieurs mquisards en tenue de miliciens.

 

Son double jeu fut découvert, et il fut exécuté. A l'entrée de lasalle, f, il y a un monument en forme de croix de Lorraine sur laquelle sont inscrits les noms des maquisards morts au combat. Au pied de cette croix une tombe, celle de Franci Robert.

 

Ce ne fut pas la seule alerte pendant mon année passée à la Bouscarasse. Par deux fois j'ai été obligé de quitter en catastrophe cet endroit, pour quelques temps. En février 44, une lettre interceptée à la poste de Lasalle par les postiers faisant partie de la résistance, signalait que les Soulier cachaient un juif. Aussi du jour au lendemain , je quittais cet abri accompagné du pasteur Wasserfollen en direction de Castres. Il est à noter que les postiers de Lasalle ouvraient toutes les lettres qui étaient adressées soit à la Préfecture, à la milice, soit à la Gestapo car en général il s'agissait de lettres de dénonciations...J'étais muni d'une vraie fausse carte d'identité enregistré à l'état civil de la Mairie de lasalle, le secrétaire étant résistant.... ˝

 

Rythmes scolaires : le point de vue de Lionel André, maire de Thoiras.

 

A Thoiras plusieurs réunions de préparation ont été organisées par le Conseil d'Ecole, les parents d'élèves et les élus ont été invités par la direction de l'école à y participer. La position de la mairie a été d'écouter et d'essayer de trouver autant que possible une solution qui arrange tout le monde. Le choix s'est porté sur la demi-journée du mercredi matin et de propositions d'activités péri-scolaires organisées après la classe d'après-midi. Le débat a surtout porté sur cette question : certains auraient préféré l'inter-classe de midi mais d'autres préféraient que les enfants qui ne souhaitaient pas rester puissent être récupérés par les parents facilement. Trois types d'activités ont été prévues :

  • bibliothèque (animé par les parents d'élèves bénévoles),
  • travail manuel autour du projet de construction d'un " poulailler pédagogique " (animé par les parents d'élèves),
  • informatique avec un animateur payé par la commune, l'école étant déjà doté d'une salle informatique.

 

Les transports sont pris en charge à égalité par le Département et l'Agglo d'Alès. Le sujet a été évoqué au niveau de l'Agglo et il a été convenu que la question des rythmes scolaires étant de la responsabilité des communes, elles restaient libres de les organiser. Après une période de rodage, il sera éventuellement étudié la possibilité de mettre en commun, dans un périmètre raisonnable, des matériels voire de animateurs.

 

Cela aura probablement un impact budgétaire pour la commune, même s'il est prévu des financement de l'Etat : mais versés quand, combien de temps, dans quelle mesure ?

 

Lionel André conclut benoitement : " Il ne faut pas dramatiser. On doit pouvoir y arriver ! ".

Rythmes scolaires : pourquoi tant de contestations ?

 

Aujourd'hui, la réforme des rythmes scolaires a été votée démocratiquement à l'Assemblée Nationale et il est donc normal qu'elle soit mise en œuvre. On peut se demander cependant en quoi elle a pu susciter autant de contestations, non seulement de la part des milieux d'oppositions mais aussi de la part de secteurs qui lui ont été jusqu’ici plutôt favorables, comme le milieu enseignant

 

Grâce au privilège de l'âge et à ma curiosité pour diverses expériences pédagogiques, j'ai eu l'occasion de pratiquer trois sortes d’emplois du temps scolaire.

 

J'ai travaillé le samedi matin avec des horaires allant de 8h30 à 11h30 le matin et de 13h30 à 16h30 l'après midi.

 

J'ai travaillé le mercredi matin avec des horaires allant de 8h30 à 12 heures et de 13h30 à 15 heures avec des vacances scolaires de 15 jours toutes les 7 semaines.

 

J'ai travaillé aussi selon le système en vigueur jusqu'aujourd'hui dans nos communes avec 4 jours par semaine et repos le mercredi et le week end.

 

J'ai aussi pratiqué de nombreuses classes transplantées où les horaires de travail scolaires pouvaient beaucoup varier par rapport aux horaires habituels.

 

Selon mon expérience, l'organisation du temps scolaire n'est pas la question déterminante pour mobiliser l'attention et la motivation des élèves. Tout dépend de ce qu'on fait à l'école, à quel moment de la journée on le fait et comment on le fait.

 

Les rythmes scolaires ne sont pas neutres mais marginaux dans la réussite scolaire. De plus leurs changements de plus en plus nombreux crée une sensation d'insécurité. On ne sait plus ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. Et en plus il faut réorganiser à chaque fois sa vie quotidienne en fonction des rythmes imposés. Et surtout chacun sent que cette réforme n'est pas à la hauteur des enjeux.

 

On sait, grâce à une enquête PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves)que les inégalités scolaires se creusent de plus en France. En 2003 7,4% des élèves des milieux défavorisés se situaient dans les groupes d'élèves les plus forts. Ils ne sont plus que 4,9% en 2013.

 

Face à ce défi, l'urgence concerne en premier lieu le contenu de l'enseignement. La question n'est pas celle de son allègement mais d'un changement qualitatif !

 

Au XXI ième siècle, il paraît invraisemblable que l'école ne tienne pas vraiment compte des avancées des neuros sciences sur la plasticité du cerveau de l'enfant (et des autres), des sciences cognitives et de l'intégration de l'informatique comme partie intégrante de l'enseignement. Cela suppose une remise à plat totale de la manière d'enseigner et du contenu de l'enseignement... qui donnerait de l'espoir à tous, y compris aux élèves handicapés.

 

Le changement du contenu de l'enseignement va de paire avec la nécessité d'avoir plus de maîtres que de classes et de casser ainsi le face à face de plus en plus ingérable entre un enseignant seul "maître à bord" avec sa classe. L'hétérogénéité des classes à tous les niveaux, le besoin d'une aide plus individualisée de la part des enfants ne le permet plus. L'exemple finlandais - première réussite scolaire en Europe - avec un enseignant et un aide enseignant par classe est très éloquent sur ce point.

 

Si ces deux réformes avaient été présentées comme des priorités, la question des rythmes scolaires aurait pu être abordée ultérieurement en toute sérénité.

 

Gérard Feldman

Janvier 2014

 

Cf. Ci-dessous l'article paru précédemment

Les rythmes scolaires : toute une histoire.

La caractéristique bien connue du serpent de mer est de disparaître et de réapparaître régulièrement parfois quand on s'y attend le moins. C'est bien ce qui se passe avec les rythmes scolaires. Sauf qu'on s'y attend toujours.

 

La question a été initiée pour la première fois avec l'apparition au Moyen Age des Universités, régies par l'Eglise. Le pape Grégoire II avait fixé en 1231 les vacances des étudiants à un mois en été. Depuis les débats sur la question ont été permanents, et en général, ils étaient un prétexte à traîter d'autres sujets.

 

Contre l'école ou contre le surmenage scolaire ?

 

Au milieu du XIX° siècle, par exemple, des voix se font entendre contre le surmenage scolaire.

 

L'école est accusée d'imposer un rythme de travail tellement insupportable aux élèves qu'ils en deviennent˝ chétifs, ˝ ˝ pâles ˝ et ˝ faibles ˝. Ces accusations sont relayées par une commission de l'Académie de Médecine de l'époque. A la fin du XIXème siècle, Olivier Benoist publie un livre au titre retentissant : ˝ L'école homicide ˝ ! Rien de moins ! L'école est accusée de mettre en péril ˝ la race française ˝ en imposant aux pauvres élèves un ˝ travail intellectuel ˝ sans rapport avec leur âge.

S'agit vraiment de préserver les enfants ou plutôt de s'opposer au développement de l'Instruction Publique ? La main d'oeuvre enfantine est très utile dans les campagnes, mais aussi dans les usines en plein essor ou dans les mines.

 

Avec la III° République et Jules Ferry l’enthousiasme pour l’école laïque, publique et gratuite essaya d'imposer des grandes vacances de 6 semaines (1882-1922). Chaque préfet décidait de leurs dates pour chaque département. Mais très vite, la France essentiellement rurale rua dans les brancards. L'enseignement était obligatoire mais il pouvait y avoir des dérogations pour des enfants employés dans l'agriculture ou l'industrie.

 

C'est pourquoi, durant tout le XIX° siècle les ministères de l'Instruction Publique durent lutter contre l'absentéisme estival, quand les parents avaient besoin de la main d'oeuvre de leurs enfants pour les foins et les moissons. Les pressions des ˝ lobbies ˝ de l'époque qui ne portaient pas encore ce nom, se faisaient essentiellement sur les grandes vacances. Leurs dates varaiaient de manière étonnante. Elles allaient de 6 semaines en 1814 à 12 en 1912. Le temps des grandes vacances alla jusqu'à 2 mois après la première guerre mondiale et deux mois et demi en 1938 ˝ où les vacances doivent être mises en harmonie avec les congés payés des parents ˝(Jean Zay – ministre de l'Instruction Publique)...

 

On peut néanmoins constater que de 1882 à 1964, les grandes lignes du système scolaire sont tracées ; l'école devient obligatoire, le jeudi est désigné jour de repos, et les élèves reçoivent 30 heures hebdomadaires d'enseignement, dispensées sur 5 jours complets. Ils travaillent 6 heures par jour. La notion de calendrier scolaire prend forme avec 3 trimestres équilibrés, 15 semaines de vacances et le partage du territoire en plusieurs zones.

Puis les changements s'accélèrent:

A la fin des années 60, le jeunesse scolarisée entre en ébullition. Mai 68, ça vous dit quelque chose ? L'école est toute chamboulée la pédagogie Freinet ragaillardie et des voix se font même entendre pour dire qu'il ne faut plus d'école du tout. Yvan Illich publie un célèbre pamphlet : ˝La société sans école˝ , beaucoup regardent du côté des ˝ Libres enfants de Summerhill ˝ d'A.S. Neill, psychanaliste et éducateur écossais. Les conceptions anti-autoritaires de l'éducation dans la tradition du Jean Jacques Rousseaude de l' ˝Emile ˝ ont le vent en poupe...

Dans ce contexte, l'institution scolaire ne pouvait pas faire comme si de rien n'était. Puisqu'il fallait changer quelque chose, changeons : il y eut pas mal de réformes, et parmi elles, bien entendu, les rythmes scolaires ?

En 1969 : réduction du nombre d'heures de cours à 27 au lieu de 30.

 

En 1972 : le jeudi devient un jour de classe, et les élèves se reposent le mercredi.

 

En 1989 : nouvelle diminution d'une heure de la durée d'enseignement, soit 26 heures. Les enseignants devaient utiliser l'heure libérée pour se concerter et travailler en équipe au sein des Conseils des maîtres.

 

En 1991 : l'évolution vers la semaine de 4 jours fait son apparition. Un décret de Lionel Jospin autorise les écoles à opter pour cette formule, à condition que le volume annuel de 936 heures de cours soit respecté.

 

En 2008 : les samedis sont officiellement libérés par l'ancien ministre, M. Darcos, et les élèves en difficulté bénéficient de 2 heures de soutien.

 

En 2010 : Les autorités invitent les écoles primaires à reconsidérer leur fonctionnement, en les encourageant à faire classe le mercredi matin.

 

La cohérence de tous ces changements échappe aux esprits les plus subtils. Ils résultent pour l'essentiel d'un rapport de force fluctuant entre les différents groupes de pression qui interviennent dans et autour de l'école.

 

 Novembre 2013

 

Bosquet du souvenir (Lasalle)
Bosquet du souvenir (Lasalle)

Le 11 novembre 2013 : un an avant le centenaire

 

Le 11 novembre commémore traditionnellement l'anniversaire de la fin de la première Guerre Mondiale. Nous savons tous qu'elle a cruellement marqué les familles : 9 millions de morts et 20 millions de blessés pour l'ensemble des nations engagée dans le conflits. La France a perdu 1,4 millions de ses concitoyens Pas une seule commune sans un monument aux morts dédié aux victimes de cette guerre. A Lasalle 94 noms. Le Bosquet du souvenir. Mais ces commémorations ne sont elles que la rumination de vieux souvenirs pour de rares nostalgiques du passé ? Font elles encore sens aujourd'hui ? La question se pose avec d'autant plus de force que nous ne sommes plus qu'à un an du centenaire. Les discussions des historiens et autres penseurs, mais aussi des politiques sur ce centième anniversaire montrent que nous baignons au contraire en pleine actualité.

 

Un premier débat eut lieu en réaction au vote de la loi du 28 février 2012, sous l'ancien gouvernement Sarkozy. La loi a étendu la commémoration du 11 novembre réservée jusqu'à lors à l'armistice de 1918, à une journée d'hommage à tous les morts pour la France. Pourquoi ? La disparition du dernier ˝ poilu ˝ en vie en 2011, Lazare Ponticelli, avait servi de détonateur.

 

En réalité deux positions s'affrontaient qui ne recouvrent pas nécessairement les divisions politiques.

 

Ceux qui se placent d'un point de vie purement nationaliste considèrent toutes les guerres sur le même plan. Par conséquent, il est normal de ne pas faire de différence entre les combattants ˝ morts pour la France ˝ quel que soit le conflit. La Première Guerre Mondiale de 1914-1918 vaut la Seconde de 1939-1945, mais elles ne se différencient pas non plus des guerres d'Indochine ou d'Algérie...

 

A l'opposé, d'autres se placent d'un point de vue plus global. Ils considèrent que les commémorations ne sont pas seulement un moment de souvenir. On a intérêt, disent-ils, à bien analyser les logiques mises à l'oeuvre dans chaque conflit pour éviter de les reproduire aujourd'hui. C'est bien là que se trouve l'enjeu actuel des commémorations. Chaque conflit a donc sa spécificité : la Première Guerre Mondiale de masse industrialisée fut le résultat d'un engrenage sanglant des nationalismes. La Seconde Guerre Mondiale fut un combat contre la barbarie nazie. Les guerres d'Indochine ou d'Algérie se sont déroulées hors de France.

 

Ces mêmes débat se sont naturellement retrouvés dans la préparation du centenaire.

 

En septembre 2011. M. Joseph Zimet remettait au président de l'époque, M. Sarkozy, un rapport sur ses ˝ propositions pour un centenaire international ˝.

 

- Une ouverture européenne, à Sarajevo, le 28 juin 2014, avec un grand rassemblement culturel européen et la réunion exceptionnelle des chefs d’État et de gouvernement européens pour une commémoration de l’événement déclencheur de la Première Guerre mondiale.

▪- Une fête nationale, le 14 juillet 2014, mettant à l’honneur toutes les nations engagées dans la Grande Guerre, avec l’invitation des chefs d’État et de gouvernement pour le défilé du 14 juillet, où seraient invités à défiler les soldats de tous les pays belligérants de la Grande Guerre. Après le traditionnel défilé du 14 juillet, une parade géante serait organisée sur les Champs-Élysées, mise en scène par la troupe du Royal de Luxe, qui amènerait pour la première fois à Paris ses célèbres géants, déjà consacrés dans le monde entier.

▪ La commémoration du centième anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet 2014.

▪ Une commémoration décentralisée de la mobilisation générale et de l’entrée en guerre, le 2 août 2014, partout en France, avec le concours des communes.

▪ La commémoration de la première bataille de la Marne, au mois de septembre 2014.

▪ L’entrée au Panthéon de Maurice Genevoix, porte-parole légitime de la génération des combattants de la Grande Guerre, le 11 novembre 2014. ˝Ce que nous avons fait, c’est plus que ce l’on pouvait demander à des hommes, dit Maurice Genevoix, et nous l’avons fait. ˝ écrivait-il.

La plupart de ces propositions sont reprises aujourd'hui par le nouveau gouvernement. On parle aussi de réhabiliter la mémoire des 620 fusillés pour refus d’obéissance... Ceux qui ont eu le courage de se demander pourquoi on exigeait d'eux de tels sacrifices.

Il est certain qu'une commémoration impliquant tous les ex belligérants montrerait que la communauté internationale ne souhaite plus régler ses différents par la guerre. A l'heure où les nationalismes les plus extrêmes prospèrent en Europe et dans le monde, ce serait un beau pas en avant pour les générations futures. Les commémorations aussi ont leur actualité.

Gérard Feldman

 

Juin 2013

Le Grillon a reçu ce texte de Victor Cazalis qui pose le problème – ô combien urgent – de notre rapport à la nature et en particulier à la biodiversité. Cette réflexion se situe dans la suite logique de sa série d'articles sur les 76 espèces d'oiseau répertoriés dans le canton de Lasalle. D'autres opinions tout aussi libres sur le même sujet seront les bienvenues.

 

Pourquoi protéger la biodiversité?

 

Après avoir parlé de la diversité des oiseaux présents à Lasalle je vais essayer de faire un point sur les intérêts que nous avons à protéger cette biodiversité. Est-ce uniquement parce que les oiseaux sont mignons?

La biodiversité c’est la diversité du vivant. Ce n’est pas seulement le nombre d’espèces qui compte, c’est également la diversité des adaptations pour se nourrir, se reproduire, se défendre, la diversité au sein d’une espèce... Alors pourquoi défendre cette diversité ? Voyons différents types d'arguements.

 

Un argument moral

Tout d’abord nous pouvons trouver des arguments moraux en faveur de la diversité. Nous pourrions dire que nous n’avons pas le droit de détruire l’environnement. Il a mis quand même plusieurs milliards d’années à se construire. Si on regarde vers le futur, il faut laisser à notre descendance le même environnement que celui dans lequel nous avons eu la chance de vivre.

 

Conserver un patrimoine

Il y a ensuite une volonté de conserver un patrimoine qui constitue une part de l’identité d’une région. L’exemple le plus évident est celui des flamants roses en Camargue. Les collectivités s’investissent fortement pour sa conservation. Cet oiseau fait partie du patrimoine, on s’en rend compte en regardant notamment les noms de restaurants, auberges, camping et les emblèmes des vignerons ou agriculteurs de Camargue ! Dans les Cévennes nous pouvons citer le vautour fauve, le castor ou le cerf.

 

A quoi nous sert la diversité ?

Pour passer à des arguments plus pratiques, il faut définir le concept de services écosystémiques. L’idée est d’estimer l’utilité d’un organisme sur les humains ou sur d’autres organismes de l’écosystème. L’exemple le plus parlant est celui des abeilles qui ont un rôle majeur dans la pollinisation et donc dans la reproduction des plantes à fleurs. Certains chercheurs ont essayé de fixer une valeur monétaire sur les différents services écosystémiques ; le but est de faire entrer la nature dans une dimension économique. Ainsi ils parlent le même langage que dans les négociations d'affaires. Ce mode d'approche pose un problème : cela met en concurrence les espèces, c’est donc une méthode assez controversée. Peut-on dire qu’une abeille vaut mieux qu’un scarabée? Il faut également considérer que l’abeille est dépendante d’autres éléments comme la limitation des frelons asiatiques et de ses autres prédateurs : le réseau des interactions est très complexe.

 

D’autres services écosystémiques que l’on peut citer sont ceux liés à la prédation : les oiseaux limitent les populations d’insectes, les loups limitent les populations de sangliers, chevreuils… On peut également penser aux plantes qui nous fournissent des molécules ou substances importantes en médecine. Il y a ici un fin équilibre qu’il convient de maintenir : chaque maillon a une grande importance.

 

Les arguments de la génétique

La génétique apporte d’autres arguments. Plus la population est diversifiée génétiquement, plus elle sera viable, la diversité est une capacité d’adaptation. Imaginons le cas où un parasite arrive et qu’il tue par exemple des papillons. Si la population de papillons est petite, il y a très peu de chances qu’un des papillons présente une résistance à ce parasite. Par contre sur une grande population, il est plus probable que cette résistance existe, ce papillon sera donc sélectionné par la sélection naturelle et la population sera sauvegardée.

 

Plus le vivant est diversifié plus il peut répondre à des agressions, des changements...

 

Le principe de précaution

Pour terminer on peut citer un argument de précaution. Puisque nous ne connaissons pas encore toutes les interactions dans un écosystème, le meilleur moyen de ne pas enlever un élément important est de ne rien enlever. Le mieux est donc de protéger toute la biodiversité, de protéger tous les écosystèmes par principe de précaution.

 

La protection de la nature est une affaire de respect, de survie de l’homme, de maintien d’un équilibre.

 

Victor Cazalis

Juillet 2013

La Résistance à Lasalle : plusieurs noms pour un même maquis

Château de Cornély
Château de Cornély

Témoignage : Un Lasallois de l'époque (juin 1944)

 

 

Nous voici au mois de juin. Mois historique pour les Lasallois des années 1939 – 1944.

 

Déjà en 1942, des bruits circulaient dans le village au sujet d'un embryon de jeunes qui, refusant le travail obligatoire en Allemagne, faisaient de la résistance groupés dans les environs sous l'égide d'un gradé de l'armée française. Ce groupe prit rapidement de l'extension et bientôt tout le village fut conquis par cette ambiance de la résistance car qui parmi la population lasalloise n'avait pas un parent, frère, père, fils ou mari dans ce maquis ? Il y avait bien quelques partisans de Vichy à Lasalle mais tous étaient connus pour leur appartenance et étaient étroitement surveillés.

 

De jour en jour, arrivaient de nouveaux jeunes. Les responsables ne sachant où les loger optèrent pour l'occupation de fermes abandonnées et isolées là-haut dans la montagne. De là, ils participèrent à des actions de ravitaillement, de sabotage à l'encontre d'installations ennemies et de harcèlement sur les convois.

 

Début juin 1944 s'opéra un regroupement dans le parc du château de Cornély. C'est là que les brigades de gendarmerie de la région, obéissant aux ordres de la France Libre donnés par Londres, rejoignirent le maquis et participèrent à la déroute des allemands suite à leur attaque surprise. Les échos de cet accrochage se répercutèrent très loin faisant l'éloge du maquis de Lasalle qui avait fait déjà parler de lui lors du défilé du 4 février dans la rue de Lasalle avec dépôt de fleurs et recueillement au monument aux morts.

 

Par la suite, le maquis de Lasalle et d'Ardaillès, ayant le même objectif, fusionnèrent et, au vue des demandes d'adhésion de plu en plus nombreuses, les responsables durent rechercher un lieu de campement adéquat. C'est l'Espérou qui parut le mieux adapté et c'est là que fut adopté le nom de "Aigoual Cévennes". La réception d'importants parachutages permit de plus amples actions sur les convois allemands ainsi que les batailles de Le Vigan, Saint Hippolyte du Fort et Sommières.

 

En 1944, le groupe comprenait 2 000 jeunes et le nombre de prisonniers s'élevait aussi à

2 000. Ainsi, le petit groupe de Lasalle étati devenu le plus grand maquis du Gard.

 

 

Walter Soulier

 

Juin 2013

"Libre Opinion" : les règles

 Le Comité de Rédaction a retenu les règles suivantes afin de permettre, ou non, la publication des articles des lecteurs, dont la libre opinion n'engage en rien notre journal.

  1. Nous ne publions pas les textes qui se limitent à des dénonciations qu'elles soient factuelles ou générales. Nous souhaitons que les critiques s'accompagnent de propositions . 
  2. Les personnes, associations, institutions... mises en cause par des articles sont prévenues et peuvent donner leur point de vue si possible dans le même numéro, sinon dans le suivant, (de manière à pouvoir l'annoncer à l'avance.
  3. Nous ne publions pas les attaques personnelles quel qu’en soit le motif, et bien entendu aucune prise de position raciste, antisémite ou xénophobe. 
  4. Le droit de réponse se limite à un seul texte de la même personne. Il ne devra pas dépasser une page (soit 3500 caractères)

 

Exemples :

 

- Nous recevons un texte qui dit : ˝tous des pourris˝ ou ˝c'est nul˝ - nous ne publions pas.

- Nous recevons un texte qui accuse les grillons d'être des parasites, des fainéants et qui devraient rester dans leurs terriers. Nous ne publions pas.

- Nous recevons un texte qui critique le Père Noël et qui propose une autre manière de distribuer les cadeaux. Nous publions et nous demandons au Père Noël s'il veut bien répondre.

- Le Père Noël répond mais la même personne qui l'avait déjà critiqué renvoie un nouveau texte critique. Nous ne publions pas.

- Nous recevons ce même texte mais il fait deux pages. Nous demandons à l'auteur de réduire et nous ne publions pas si le texte dépasse 3500 caractères. (L'ordinateur vous dit combien il y a de caractères dans votre texte).

 

Le comité de rédaction pense que ces règles devraient permettre à chacun de s'exprimer librement dans le Grillon sans que le journal ne devienne un lieu de polémique éprouvant pour le moral de tous.

 

Le comité de rédaction

 

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Commentaires : 3
  • #1

    Lafont (mercredi, 13 mars 2013 11:23)

    Pouvez-vous annoncer la présentation du numérique à Lasalle le lundi 15 avril avec le film "Les bêtes du sud sauvage" à 21h Prix 3 euros pour tous.

    Merci d'avance

    Michel

  • #2

    auber (lundi, 16 septembre 2013 14:26)

    L'UFC Que choisir souhaite ouvrir une permanence dans les locaux de la Mairie de Lasalle et aimerait en informer les habitants de la commune ainsi que ceux des communes environnantes. Pouvez-vous me contacter.
    Tél. : 04 66 85 47 49 ou 06 46 26 75 72
    Merci
    J.auber

  • #3

    Sylvain Perret (mercredi, 07 mai 2014 06:03)

    Bonjour,
    J'ai acheté à la famille Théron (les fils de Julienne) la filature de Calviac, route d'Anduze, en décembre dernier. Je ne suis pas originaire des Cévennes, ni même de la région. J'ai une maison à Pompignan depuis 16 ans, et malgré mon statut d'expatrié, je me sens bien dans cette région et plus particulièrement en Cévennes.
    Je remercie vivement le Grillon pour les informations très utiles qu'il diffuse, et me permettent de mieux comprendre et m'immerger dans ce monde Cévenole, dont j'apprécie vraiment les trésors humains, historiques, et paysagers. Je profite aussi de ses services pour passer ce petit message amical.
    Je vais me ré-établir en France à la fin de l'année 2014, et ainsi pouvoir mettre en œuvre progressivement mon objectif de redonner vie à cette belle filature, en la rénovant, tout en gardant, j'espère, ses caractéristiques. Les quelques premiers contacts avec des habitants de Calviac ont été extrêmement positifs ; l'accueil, les encouragements sont fantastiques. Mon épouse Isabelle et moi essaieront, avec humilité et enthousiasme, de nous fondre à cette communauté, à y contribuer si possible. Les habitants de Calviac ont déjà pu observer les premières activités de rénovation entreprises par un des leurs, Renaud Cerret, et me verront sans doute prochainement me joindre à lui, avec mes piètres (mais enthousiastes) talents de bricoleur du dimanche ! N'hésitez pas à passer à la filature, voir le chantier et faire connaissance ! J'y serai bien souvent dès cet été. Bien cordialement
    Sylvain Perret. 06 2330 8550

     Comité de rédaction

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 Vu dans " l'Echo des Cévennes": le tome II de Fous des Cévennes" occupe la 5è place des meilleures ventes régionales selon le palmarès établi par la librairie                         Coularou 

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