La Hara-Kiri Entity Before Date Original

 

Chers auditeurs, vous n’êtes pas sans savoir que nos scientifiques n’ont toujours pas découvert la Hari-kiri Entity Before Date Original, la Hebdo dont notre civilisation serait issue après sa migration du système solaire il y a cinq millions d’années. Nous savons seulement qu’il s’agissait d’une planète que les humains ont détruite, permettant toutefois à une petite poignée d’hommes et de femmes de la quitter avant la catastrophe. Nos scientifiques ont forgé ce concept de HEBDO pour dénommer non sans humour la planète qui aurait hébergé les anciennes civilisations humaines. Or, les premiers résultats de la mission partie vers le système solaire il y a dix ans viennent de nous parvenir. En effet, le Centre International de Recherche Extra-système basé sur la planète Xira a récemment reçu les messages envoyés il y a un an par les robots de cette mission. Le vaisseau a pu atterrir sur l’une des planètes Hebdo, possible candidate à l’origine des humains. Les analyses de l’atmosphère sur la planète prouvent que des êtres vivants auraient pu s’y développer. Mais plus étonnant encore, des photographies du site exploré montrent clairement des reliefs ressemblant à des vestiges de construction artificielle. L’un des robots qui a fouillé ces décombres a mis à jour ce qui ressemble à un panneau où certains de nos scientifiques croient discerner une écriture humaine ! Les chercheurs du Centre International de Recherche Extra-Système sont partagés sur cette image. S’agit-il d’une illusion liée à la composition de cet objet ou de ce matériau naturel ou a-t-on réellement à faire à un panneau sur lequel la main de l’homme aurait inscrit quelques mots ? D’après l’une des scientifiques du centre, spécialiste d’archéologie linguistique, il s’agit d’une vieille langue humaine aujourd’hui disparue : le français. Et le panneau signifierait : Je suis Charlie. Charlie serait un nom propre désignant une personne. D’autres informations devraient parvenir au Centre de Recherche dans les jours à venir. Je ne manquerai pas de vous tenir informer de ces nouvelles découvertes.

 

Chers auditeurs, sachez que, d’ores et déjà, les esprits s’emballent. Certains scientifiques sont persuadés que la Hebdo a enfin été découverte. Et il propose de nommer la planète de nos origines : Charlie Hebdo.

 

Cette courte fiction a été écrite à la demande de la SGDL (Société des Gens De lettres) qui a souhaité faire parvenir à Charlie-Hebdo des textes de soutien.

François Devenne

15 janvier 2015




Le Grillon junior de Mars s'est bien étoffé !

 

MENACE SUR SAN FRANCISCO

 

Les habitants de San Francisco sont angoissés : de très forts tremblements de terre risquent d'avoir de graves conséquences. Détruire San Francisco, causer des morts et des blessés.

 

En 1906, un séïsme important se produisit, ce n'est pas lui qui ravagea la ville de San Francisco mais un terrible incendie provoqué par une erreur humaine causant des morts et des blessés.

On fit sauter des maisons à la dynamite en espérant que les courants d'air provoqués par l'explosion éteindraient les flammes mais cela n'a fait que les propager (le principe de la bougie : on souffle dessus et elle s'éteint). La catastrophe risque de se reproduire…

 

Les habitants ont pensé être plus forts que la nature.

Nous pensons qu'ils n'auraient pas du construire San Francisco à cet endroit, et que les hommes se sont trompés en voulant utiliser une idée qui leur semblait bonne (la bougie) mais ils ont aggravé la situation.

 

Un article imaginé et rédigé par Lou W. (CM2) et Louise G. (CM1)

 

Gaïa, Chaos, Eros, Cronos, Rhéa : qui sont tous ces zouzous là ?

 

Les êtres de la mythologie grecque et leur progéniture… Ça donne quoi ?

 

D'abord, il y a Chaos (l'abîme ou le chaos) puis Gaïa (la Terre Mère) et enfin Eros (Divinité masculine de l'amour). Gaïa donne naissance à Ouranos (le ciel étoilé), aussi puissant qu'elle, capable de l'envelopper toute entière. Ouranos se marie à sa mère Gaïa, ce qui donne les puissants Titans, Cyclopes et Hécatonchires. Mais chaque fois qu'un Titan naît, Ouranos les repousse dans les entrailles de Gaïa. Ouranos ricane et Gaïa gémit.

À la naissance de Cronos (le dernier des Titans) , Gaïa donne à celui-ci une faux avec laquelle il coupe le sexe d' Ouranos, son père, et le jette dans la mer. De l'écume que fait le sexe en tombant dans la mer naît Aphrodite : la divinité féminine de l'amour, et du sang de ses blessures naissent les Géants et les Méliades ! Une fois que Cronos est le maître du monde, il emprisonne les Cyclopes (à l'œil unique) et les Hécatonchires (les êtres aux cent mains) dans le Tartare (la fosse la plus profonde des enfers). Il s'unit à une de ses sœurs : Rhéa. De cette union naissent Héra, la déesse du mariage, Poséidon le dieu de la mer, Hadès le dieu des enfers, Hestia la déesse du foyer, Déméter la déesse des moissons et enfin Zeus. Mais chaque fois qu'un de ses enfants naît, Cronos les engloutit de peur qu'ils ne lui usurpent le pouvoir. Mais lorsque Zeus, le dieu du ciel naît, Réha sa mère, parvient à le sauver avec l'aide de Gaïa. Lorsqu'il devient grand, il fait avaler à son père un mélange de vin et de miel qui fait régurgiter à Cronos ses frères et sœurs : Poséidon, Héra, Hadès, etc. Une guerre terrible éclate entre les Dieux installés sur l'Olympe et les Titans. Les Dieux l'emportent de justesse quand Zeus découpe Cronos en mille morceaux pendant son sommeil avec sa propre faux. Il jette les restes de Cronos dans le Tartare et les dieux prennent le pouvoir.

Les premiers dieux ont également des enfants dieux : Artémis, Apollon, Athéna, Arès, Héphaïstos et bien d'autres. Parfois ces dieux descendent de l'Olympe (leur demeure) et ont des enfants avec des mortels, des monstres et cela donne d'autres monstres et des enfants qui s'appellent des demi-dieux, mais c'est une autre histoire !

 

 

Article imaginé et rédigé par Simon G. – CM1 –

 

 

 

 

LES ŒUVRES D'ART

 

Je vais vous parler de mes œuvres d'art et des matériaux dont je me sers. J'utilise des mouchoirs, des feuilles de papier, des toiles, du carton, du bois. Pour colorier, j'utilise des feutres, des crayons de couleur, des stylos, de la peinture… Je fais aussi de la sculpture.

J'aime les œuvres d'art parce que je les trouve belles, parce que pour moi c'est la joie de vivre et aussi parce que quand je les vois, pour moi c'est tout brillant !

 

Oksanna D. CE1

 

 

BATUCADA À LASALLE

 

La Batucada vient du Brésil, c'est un mélange de trois cultures : africaine, portugaise et indienne. Il faut faire de la musique avec des instruments : surdo, tamborim, cloche, caixa…

La musique est très belle, le plus dur c'est d'arriver à jouer ensemble. On se fait aider par le professeur.

Je trouve que c'est facile sauf de jouer ensemble…

 

Louenn L. CE2

 

 

LE MÉTIER DE GENDARME

 

Leur métier, c'est d'arrêter les voleurs et de les mettre en prison. Ils peuvent aussi surveiller les écoles ou protéger la population ou même sauver des vies. (Par exemple si un bateau coule, les gendarmes viennent avec un autre bateau pour sauver les gens de la noyade).

J'aimerai être gendarme parce que mon papé J.Louis était gendarme. Je pourrai arrêter les voleurs et les mettre en prison parce qu'ils font des bêtises.

 

Noévan D. CP

 

 

Grillon Junior N° 1
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Le Prince qui voulait que son peuple soit heureux

 

C'est l'histoire d'un Prince qui voulait le bonheur de son peuple.

 

Il le répétait à chaque nouveau discours, et il en faisait tous les jours : ˝aimez-vous, aidez-vous les uns les autres, vivons tous ensemble dans la joie et l'harmonie, vivons heureux dans notre beau royaume de liberté˝.

 

Quand il voyait quelqu'un arboré un air soucieux, il l'interpellait : 

- "Que t'arrive-t-il mon cher sujet ? N'es-tu pas heureux de vivre ici, parmi mon bien cher peuple" ?

 

Ledit sujet répondait toujours :

- "Oh si, mon prince, je suis le plus heureux des hommes dans le meilleur royaume possible".

 

Parfois le Prince méfiant insistait : 

- "Mais si tu es tellement heureux, pourquoi cet air préoccupé" ?

- "Parfois mon Prince, je pense que je pourrais vivre dans un monde où les gens seraient moins heureux qu'ici".

- "Ne t'inquiète pas, lui répondait invariablement le Prince, je suis là pour vous protéger".

 

Rassuré, il poursuivait son chemin pendant que le sujet, lui, poussait un "ouf" de soulagement.

 

Il faut dire que dans ce Royaume-là, être malheureux était un délit très grave. Et même le plus grave de tous. Etre pris en flagrant délit de déprime vous coûtait immanquablement votre tête.

 

Tout aurait bien pu continuer ainsi pendant longtemps, et il n'y aurait pas d'histoire à raconter. Mais voilà. Le Prince avait un affreux secret. Un secret si terrible qu'il s'en rongeait les sangs et en devenait toujours plus malheureux. Ce Prince qui prônait le bonheur pour tous, devenait lui-même triste ! Impensable ! Si lui, le Prince, n'était pas heureux qui donc le serait ?

 

Son malheur devait donc rester secret. Et en quoi consistait ce secret ? Le Prince voulait bien que tout son peuple soit heureux. Mais le problème, c'est que lui-même n'aimait personne en particulier. Il ne pouvait s'aimer que lui-même. Lorsqu'il se retrouvait seul, quand il était certain de ne pas être observé, il pratiquait les rites plus abominables d'une religion interdite dans le royaume : la religion narcissique. De quoi s'agissait-il ? Il se regardait de longs moments devant sa glace en s'admirant sans honte. Ses prières s'adressaient à lui-même : "comme je suis beau, se disait-il, comme je suis fort et intelligent... Personne ne m'arrive à la cheville... Je suis sans conteste la plus belle réussite de la nature, je suis tellement supérieur à tout, que je ne peux souhaiter qu'une chose : pourvu que ça dure". Quand il avait fini, il avait honte, et ça le rendait malheureux.

 

Un triste jour où le Prince se croyait seul, il se livra à ses habituelles prières préférées et, bien entendu, il ne se méfiait pas. Pas de chance, un de ses conseillers passait par là. Il s'inquiéta de ses murmures et s'approcha sans se faire voir. Il voulait savoir de quoi il retournait. Ce qu'il entendit le bouleversa. Quelle histoire ! Il comprit immédiatement que l'existence même du Royaume était menacée.

 

Il lui fallait réagir et, vite. Ce conseiller réunit les trois autres conseillers. Il faut dire qu'ils étaient quatre en tout : un pour chaque pied du trône. Il leur fit part de sa stupéfiante découverte. Les conseillers en tremblaient d'angoisse. Il faut trouver une solution s'exclamèrent-ils en chœur ! Cela leur fit du bien de le crier, mais après rien. Pas de solution. Comment faire ?

 

Quand on ne trouve pas de solution, on connait la suite : on se lamente. Et chaque conseiller y alla de sa jérémiade.

 

Le Conseiller qui soutenait le pied avant droit du Trône s'affligeait de voir les gens du peuple se plaindre. Ces misérables n'arrêtaient pas de crier à l'injustice. Enfin, ils ne criaient pas, ils murmuraient. Ils murmuraient parce qu'ils avaient trop peur de se faire prendre à rouspéter. Mais les espions du Conseiller étaient partout. Ils entendaient tout et transmettaient des rapports détaillés. Ces informateurs connaissaient bien les noms des râleurs. Ils savaient qui réclamait ceci ou cela, mais surtout ils se rendaient compte que le peuple était certain qu'on ne l'écoutait jamais : c'était surtout ça qui rendait les gens nerveux. La révolte montait. Les Conseillers le voyaient, mais le Prince, non. Il répétait chaque jour ses beaux discours comme si de rien n'était.

 

Le Conseiller qui soutenait le pied avant gauche du trône confirmait les dires du premier Conseiller. Il avait d'autres informations qui allaient dans le même sens. Et aussi les Conseillers qui soutenaient les pieds gauche et droit de l'arrière du trône.

 

Comme il fallait à tout prix conjurer la crise imminente, ils finirent par prendre une décision. Ils allaient faire venir vers le Prince des personnes tellement formidables qu'il ne pourrait que les aimer. S'il arrivait à en aimer une, il pourrait sans doute en aimer une autre et ainsi de suite. Finalement, il parviendrait à aimer tout son peuple et le tour serait joué.

 

Ils cherchèrent un moment les bonnes personnes qu'ils pourraient lui présenter.

 

Comme c'était un Prince, ils décidèrent de lui présenter le plus grand politologue de tous les temps : le nouveau Machiavel des temps modernes. Ses stupéfiantes analyses lui permettaient de trouver des solutions à tous les problèmes. Il prévoyait l'avenir comme s'il l'avait déjà vécu. En présence du Prince il ne se fit pas prier pour donner son avis sur la situation du Royaume, et aussi sur la situation du monde dans lequel vivait le Royaume. Tout était très simple disait-il : "Tout ira bien à l'avenir, si tout va bien déjà maintenant". Mais là, c'est un résumé. Il parla beaucoup plus longtemps pour arriver à cette géniale conclusion. Résultat : le Prince s'endormit avant qu'il n'eût fini. Les Conseillers avaient raté leur coup.

 

Ils se réunirent à nouveau et se dirent qu'il fallait trouver des gens capables de distraire et de surprendre le Prince. Ils avaient entendu parler de dix poètes et conteurs qui enchantaient tous les publics. Ils étaient capables tour à tour de charmer, d'émouvoir, d'inquiéter, de surprendre, et même de prophétiser... Le Prince les écouta mais les trouva ennuyeux et les chassa dès son quatrième bâillement.

 

Les Conseillers persévérants ne s'avouaient malgré tout pas encore vaincus. Ils trouvèrent des musiciens ensorceleurs. Même les oiseaux s'arrêtaient de chanter pour les écouter ; mais le Prince se mit à crier : "assez , c'est insupportable qu'ils partent !". Les Conseillers changèrent de registre. Ils firent venir de subtils cuisiniers aux plats les plus fins, des danseuses, des artisans, des paysans, des anachorètes, des encyclopédistes, des prêtres de toutes les religions...

 

Rien n'y fit. Aucun d'entre eux ne parvint à susciter ne fût-ce qu'un soupçon d'intérêt chez le roi. Tous lui paraissaient identiques et ils les traitaient sans ménagement. Il déclara à ses Conseillers qu'il les aimait tous mais n'en supportait aucun. Il ne voulait plus voir personne.

 

Les Conseillers, détenteurs de son secret, étaient déçus, mais pas surpris. Ils savaient que le Prince ne supportait personne d'autre que lui-même.

 

Ah, si ! il y avait malgré tout une chose qui le distrayait, c'était son bilboquet. Il ne cessait de s'amuser avec cet objet virevoltant. Il manifestait sa joie par des petits cris aigus quand il parvenait à faire pénétrer la tige dans la boule. Il avait à sa disposition des centaines et des centaines de bilboquets de toutes les matières les plus précieuses. Des bilboquets en bois de cèdre du Liban, en argent, en or sertis de diamants...

 

Les Conseillers désespérés tentèrent le tout pour le tout. Ils firent venir au palais une délégation de la Fédération Internationale de Bilboquet. Le Prince curieux et intéressé les reçut. Il espérait qu'ils le regarderaient jouer. Il s'attendait à ce qu'ils poussent des cris d'admiration devant son habileté. Mais pas du tout. Au lieu de cela, ils commencèrent à lui exposer les soucis de leur Fédération. Il n'y avait pas assez d'adhérents, les caisses étaient vides et blablabla et blablabla.... Ils espéraient que le Prince lui-même amateur de bilboquet ferait un geste en leur faveur. Mais celui-ci fut dégoûté par leurs propos vulgairement terre-à-terre. Il n'eut même plus envie de leur montrer ses talents et les renvoya d'un simple geste de la main.

 

Cette fois les Conseillers n'avaient plus aucune solution. Il ne leur restait plus qu'à assurer leurs arrières et à préparer leur fuite. Ils voulaient - c'est humain - éviter la colère du peuple qui ne manquerait pas de les éclabousser.

 

C'est alors qu'un colporteur de passage se fit annoncer au château.

 

Il voulut s'adresser au Prince pour lui vendre quelques marchandises, mais il avait l'air tout dépenaillé. L'air dégingandé, des trous à sa blouse et à ses pantalons usés, un air famélique, rien chez lui n'inspirait la confiance. Ses yeux exhalaient une lueur inquiétante. Il n'en fallut pas plus, mais pas moins, pour que les Conseillers le chassent sans retour.

 

Le colporteur ne se départit aucunement de sa dignité naturelle. Il se mit à tourner tranquillement autour du Palais. Il tirait nonchalamment sa remorque brinquebalante en pédalant sur son vélo d'un air paisible et serein. Naturellement, le Prince l'aperçut du haut de ses fenêtres. Tout d'abord il le regarda sans le voir. Il était habitué à voir toutes sortes de colporteurs longer ses épaisses murailles dans l'espoir de vendre quelques colifichets sans intérêts. Le colporteur en était à son septième tour de palais quand le Prince l'interpella et lui intima l'ordre d'entrer. Pourquoi ce revirement ? Etait-ce dû à l'assurance affichée par le coup de pédale du colporteur ? A quelque autre phénomène plus ou moins mystérieux ? Allez savoir. Toujours est-il que le bonhomme entra.

 

Qui est ce mystérieux colporteur ? Va-t-il sauver le Prince en danger ou au contraire va-t-il précipiter sa chute ? Vous le saurez en lisant le prochain Grillon du mois de janvier...

 

(Ce conte a été raconté à la médiathèque, à la classe de CM1- CM2 de l'Ecole de Lasalle)

 

Le Prince, de bonne humeur, se mit à plaisanter. Il lui demanda sur un ton très détaché ce qu'il avait à vendre : des fanfreluches affriolantes ? Des carabistouilles croustillantes ? Des escopettes à deux coups ou des galurins pimpants ? C'est alors que le bonhomme sortit de son grand sac une toute petite puce qu'il montra en silence :

 

- A quoi sert ce minuscule instrument ? lui demanda le Prince.

- A détenir toutes les connaissances du monde lui expliqua le colporteur.

- Toutes les connaissances du monde ? Hum comme c'est intéressant. Dans une toute petite bille comme celle là ?

- Oui majesté.

- Tu es venu pour te moquer de moi ? Prends garde je vais te faire passer le restant de tes jours dans le pire de mes cachots, et le meilleur n'est déjà vraiment pas terrible.

- Non Sire, je peux vous le prouver.

- Vraiment et comment ?

- Il suffit que vous me laissiez vous implanter cette puce dans votre cerveau et il s'éclairera de toutes les connaissances acquises aujourd'hui sur la planète, et même de beaucoup d'autres qui ne le sont pas.

- Hum c'est tentant. Mais c'est très dangereux. Voudrais tu m'assassiner ?

- Non Sire.

- J'espère bien car si c'était le cas tu subirais des tortures que même ta puce ne connait pas encore !

 

Mais comment être sûr ? se demande le Prince pour lui-même. Ah J'ai une idée. On va essayer sur un de mes Conseillers.

 

Et le roi appelle son conseiller du pied arrière gauche du trône. Le dernier de ses Conseillers. Il lui commande de s'allonger sur la très grande table de chêne qui orne sa très grande pièce. Le pauvre obéit – comment faire autrement ? - mais il ne savait pas ce qui l'attendait. Cela ne l'empêcha pas d'être très inquiet. Il s'étonnait aussi de l'intérêt que le Prince portait à ce va nu pied. Serait-ce la personne extraordinaire capable de capter son affection ? Celle qu'il recherchait avec ses collègues sans l'avoir jamais trouvée ? Celle-là même que lui et ses collègues avaient repoussée sans ménagement ? Le malheureux en était là dans ses réflexions quand il entendit le Prince s'adresser au colporteur et lui dire :

 

- Vas-y essaie sur lui. Si tu réussis, je te nomme Premier Conseiller du Trône et Conseiller du Siège. Ce poste n'existe pas, je le créerai spécialement pour toi. Si tu échoues, je te fais couper la tête devant tout le peuple rassemblé auquel je distribuerai des friandises. Ce sera une vraie fête !

 

Le colporteur attacha solidement le conseiller sur la table avec une corde très solide. Puis, muni d'un pistolet propulseur, il expédia la petite puce au plus profond du cerveau du personnage qui lui servait de cobaye par la narine gauche. Le conseiller s'évanouit sous le choc. Quand il reprit connaissance, le résultat fut stupéfiant : le Prince pouvait lui poser n'importe quelle question qui lui venait à l'esprit et le conseiller répondait :

 

- Quelle est la circonférence de la terre ?

- 40075 km.

- Quelle est la valeur du nombre PY ?

- 3.14159 26535 89793 23846 26433 83279 50288 41971 …

- Marignan ?

- 1515

- La constante de Planck ?

- E = h v.

- Quel temps fera-t-il demain ?

- Variable ; 2° à 7 ° ; vent en rafales à 55 km/h.

- Magnifique s'exclama le prince

- Magnifique : adjectif pourvu de sept synonymes : admirable, éclatant, formidable, ravissant, royal, splendide, sublime. J'ai répertorié 13 citations contenant ce mot...

- Tais-toi. Je n'ai pas dit magnifique pour avoir la définition. Je la connais, la définition. J'ai dit magnifique pour ta transformation. Tu étais plus ignorant qu'une chaussette, et te voilà savant comme un érudit.

- Eru...

- Stop !

 

Il se retourne vers le colporteur :

- Comment ça s'arrête cette machine ?

 

Le colporteur sort de son sac une télécommande. Il appuie sur off et le conseiller reprend ses esprits. Il redevient aussi idiot qu'il l'était.

 

- Et ça n'est pas dangereux pour la santé ? S'inquiète le Prince.

- Pas du tout. Ce sont des puces biodégradables. On arrête et on éteint à volonté, dit le colporteur d'un ton apaisant. Avec ça, vous pouvez vous connecter quand vous voulez avec tout le réseau internet. Vous pouvez ouvrir vos portes, conduire votre voiture par simple télépathie, parler avec vos amis et même les voir...sans qu'ils soient réellement présents.

- Mais si je laissais la puce dans le cerveau de mon conseiller ? Je pourrais l'utiliser à ma guise et ce serait moins dangereux pour ma santé ?

- C'est possible en effet, mais vous courez, un autre risque.

- Lequel ?

- Votre Conseiller omniscient peut être tenté de vous prendre votre pouvoir. Il en aurait les moyens.

- Ah oui ; c'est embêtant, ça. Mais dîtes donc vous ! Je vivais bien tranquillement avant que vous arriviez et maintenant vous me posez des problèmes insolubles ! Finalement je vais vous faire couper la tête, et aussi à mon pauvre Conseiller ; Je n'ai pas le choix. J'aurais mieux fait de ne pas vous faire entrer !

- Vous pouvez couper la tête à votre Conseiller si vous voulez, mais pas à moi.

- Pourquoi pas à vous ?

- J'ai encore plein d'autres choses à vous montrer.

- Très bien vous resterez en vie tant que vous aurez des choses nouvelles à me montrer. Gardes ! Qu'on coupe la tête au Conseiller !

 

Les gardes emportèrent le pauvre malheureux qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait.

 

Le prince garda le colporteur à ses côtés et chaque nuit, le colporteur sortait une surprise de son sac. Une nuit ce fut une prothèse parfaitement adaptée d'un bras, une autre nuit d'une jambe, d'un rein... Ces objets fonctionnaient aussi bien qu'un vrai bras, une vraie jambe, un vrai rein... Le Prince pouvait constater qu'il pouvait être victime de n'importe quel accident, n'importe quel attentat, n'importe quelle maladie... Il pouvait même vieillir outrageusement, il y avait toujours moyen de réparer n'importe quelle partie de son corps pour l'éternité.

 

Une autre nuit ce fut un réfrigérateur qui commandait les courses en fonction des besoins physiologiques de son propriétaire. Il suffisait que le Prince colle une partie de son corps contre la paroi de l'appareil ménager et celui-ci enregistrait l'état du bonhomme et ce dont il avait besoin ou au contraire ce qu'il ne devait pas manger. S'il avait trop de sucre dans son corps, il lui proposait une salade, s'il lui manquait du sucre il lui offrait des pâtes.

 

Une autre nuit, il expérimenta un casque pour voir à 360°. Une autre fois, un système de surveillance capable de reconnaître 36 millions de visages en une seconde ; des balles à guidage laser capables d'atteindre des cibles à couvert... une machine à faire pleuvoir ou à faire beau temps selon les besoins...

 

Chaque soir, il découvrait de nouvelles merveilles qui l'enchantaient sans pouvoir se résoudre à faire tuer ce colporteur plein de ressources. Cela dura 7000 nuits. Et durant ces 7000 nuits, le prince ne joua pas une seule fois avec ses bilboquets.

 

Et le colporteur, en même temps qu'il montrait ces extraordinaires inventions lui demandait de faire venir des gens de son peuple. Ils pouvaient aider aux expérimentations, ou à leur mise en œuvre. Et le Prince se mettait à les aimer aussi.

 

Un jour le colporteur lui présenta une jeune femme pour expérimenter des lunettes qui permettaient de saisir les pensées de son interlocuteur. Il la trouva déjà très belle de l'extérieur, mais quand il contempla son monde intérieur, il en tomba immédiatement amoureux. Ils se marièrent aussitôt et ce fut l'occasion de nombreuses fêtes et réjouissances qui mirent ses sujets en joie. Ils eurent de nombreux enfants qui assurèrent l'avenir du royaume pour longtemps. Le Prince en profita pour se faire nommer Roi.

 

Et voilà, le problème des conseillers était résolu ! Mais sans qu'ils y soient pour rien. Le Prince avait trouvé et un homme, et une femme qu'il aimait. Il ne pouvait plus s'en passer.

 

Mais les conseillers, eux, ne voulaient plus du tout de cet homme qui les avait évincés. Le Prince ne les consultait plus et l'un d'entre eux avait même perdu la tête. Il leur fallait donc agir à nouveau. Mais cette fois pour se débarrasser de cet embarrassant inconnu.

 

Ils organisèrent un affreux complot. Le Roi – c'est à dire l'ancien Prince -, sa famille et le colporteur avaient projeté d'aller au zoo pour divertir les enfants. Le zoo abritait un terrible tigre qui venait d'être capturé. Il n'avait pas l'habitude d'être enfermé. Les Conseillers payèrent grassement un gardien pour qu'il laisse la porte du tigre entrouverte quand le colporteur se trouverait à proximité.

 

Pas de chance, les Conseillers habituellement négligés, furent invités, à se joindre à la promenade. Comme on dit, plus on est de fous, plus on rit. Seulement ce jour-là, il faisait très beau. Le prince avait revêtu des lunettes de soleil qui lui permettaient de connaître accessoirement les pensées des gens qu'il regardait. Dès qu'il eut posé un œil sur les trois malheureux conseillers qui restaient, il sut à quoi s'en tenir. Ils furent arrêtés et le Prince décida de leur couper la tête

 

Le colporteur magnanime demanda leur grâce et leur offrit un apéritif avec des cacahuètes en or massif, serties de diamants étincelants. Ce fut une grande fête. Ils se réconcilièrent et tout le monde vécut longtemps et heureux dans le meilleur Royaume du monde.

 

Tout le monde ? Non. Souvenons-nous du pauvre Conseiller qui soutenait le pied arrière gauche du trône. Malheureusement pour lui, à cette époque, ce n'était pas encore le meilleur Royaume du monde.

 

Gérard Feldman

 

Isis Olivier
Isis Olivier

Porquerolles, l'île dort

 

Offrir une île à sa jeune épouse, ma bonne amie ! Quelle idée romantique. C'est pourtant ce qu'à fait François Fournier, fortune faite au Mexique, lorsqu'il en est rentré. Cette épouse devait être belle et leur amour dévorant pour mériter un pareil témoignage. Mais offre-t-on une île, raisonnablement ? N'est-ce pas plutôt son épouse qu'il a offert à Porquerolles, l'île d'Or ?

 

Aujourd'hui c'est une île qu'on visite ma chère, on y vient de préférence en voilier, mais même mus par un moteur, on jette l'ancre et on passe le temps... C'est de la plage que je t'écris : bain de soleil, promiscuité soigneusement limitée, papotages, trempette de palmes clapotantes... La plage d'Argent : avec sa cohorte de pins d'Alep, houppiers dressés qui s'envolent du rivage comme un banc de mouettes. Tous les bateaux patientent bien sagement, sauf un, qui n'est pas blanc comme les autres, mais bleu, bleu roi. Il piaffe d'impatience tourne autour de son ancre, gite d'un bord à l'autre dans l'indifférence générale. Aââh ! Je crois que je vais dormir, ma toute belle. Le nez sous mon chapeau, le dos dans le sable. Le soleil...

 

Quand la dernière navette qui relie Porquerolles au continent est partie, le silence s'installe. Les clochettes des mâts sonnent, des mouvements, des échos, des envolées d'écumes tentent une dernière initiative. Et puis ne demeure que la mer qui masse les roches dans un grand brassage sous marin, qui les lisse et les épuise d'une étreinte froide. Rien ne peut arriver que ce mouvement humide, tout est, de toute éternité. Quelques hirondelles au ventre roux et blanc filent de la pointe de leur flêche, alternant brasse coulée et battement d'ailes de papillon.

 

Fort Sainte-Agathe ! Agathe ? Un oiseau ricane. Agathe respire et sourit, paupières basses. Elle vient se baigner avec les dernières lueurs du jour. Tout le corps de la mer se soulève et remplit les suaves cavités des roches. Pas de pensée sous son front de neige, juste la respiration des odeurs de pins et le souffle qui s'accorde aux mouvements de la mer. Ses lèvres découvrent des dents prêtes à mordre le bel amant solaire qui la quitte à l'horizon. Le voilier bleu, la voyant, se range face au vent, ronchonne un peu, se dandine en douce, sans plus de bruit.

 

Mais je sais qu'elle va venir me rejoindre : nous irons ensemble passer la nuit à la belle étoile, dans la calanque de l'Oustaou de Deù. Sur ces côtes déchirées la moindre calanque est bénie pour le navigateur ou le pêcheur affrontés à la tempête. Le vent du sud soulève la côte et il rit de bouleverser le pauvre projet humain. Il fait résonner la mer dans ses cavernes obscures comme un tambour tendu. Agathe ! Il rit de promesses exaltées. De l'autre côté c'est le continent tâché de mille bâtisses et sous le pouvoir d'un autre Dieu. Mais ici nul n'exige d'Agathe l'obéissance ou la soumission. Du bout de ses sandales dénouées elle court devant moi à travers les cistes.

 

Je me suis essoufflé à la suivre. Heureusement le fort n'était pas loin et la nuit n'était pas encore tombée quand nous nous y arrêtâmes. Attends moi, Agathe ! Un bâtiment de guerre croise tout autour de l'île depuis la rade de Toulon. Pourquoi faut-il que la guerre menace et que je sois ici, en uniforme blanc, comme un colon des années trente ? On va voir ? Non. Je n'entre pas. Pourquoi, ça vaut la peine d'y faire un tour maintenant qu'on est là. Va, vas-y toi... J'attends dehors, je n'aime pas cette bâtisse. Mais ça n'est pas drôle si tu ne viens pas. Allez, ne me dis pas que tu as peur ! Et puis même, c'est délicieux d'avoir peur, non ? Juste cinq minutes, pour voir.

 

C'est vrai que l'endroit est sinistre, suintant à souhait. Mais justement c'est peut-être une bonne occasion pour lui prendre la main ou, mieux encore, la serrer contre moi pour la rassurer. Agathe n'est pas du genre familier. Il doit lui falloir des circonstances "spéciales" pour se laisser aller. En fait il n'y a rien que de très ordinaire dans ces salles vides où l'on s'enfonce de plus en plus. En descendant le bruit devient plus fort car on dirait que la mer résonne au fond. La mer ne peut pas avoir creusé si loin sous la roche. Encore une porte à moitié défoncée. Le sol devient bourbeux et on n'y voit vraiment plus rien. Mais il y a quelqu'un ? Ou quelque chose. Ca bouge on dirait...

 

"Fort de la repentance" c'est un drôle de nom pour un établissement militaire, tu ne trouves pas ? De quel repentir pouvait-il bien s'agir ? Repentance, Sainte-Agathe, Oustal de Dieu, Notre-Dame : Porquerolles s'achète une conduite, trop polie pour être honnête ! Dommage qu'il y ait tant de monde sur la plage. Cette petite rousse : elle aurait pu s'appeler Agathe, et être grecque... C'est une île où les sirènes ont retenu Ulysse pendant des années. Et cette petite aurait pu en être une. A quoi reconnaît-on une sirène ? A leur fraîcheur : elles traversent la foule en laissant un frisson... Ah quel regret d'être d'aujourd'hui, une époque sans sirène ni monstre... J'aurais tellement voulu suivre l'une d'elle, un soir d'été, au bout du monde...

 

D'après Monsieur de Sévigné...

 

Le Père Noël à Lasalle ?

 

Ce soir là, je n'arrivais décidément pas à dormir. Etait-ce la pleine lune ? Je ne sais pas. Je ressentais un pressant besoin de me dégourdir les jambes bien que la nuit fût déjà bien avancée. Enfin, je me décidais à sortir. Rien de tel que la fraîcheur nocturne pour vous remettre les idées en place. Et ça tombait bien, en ce 3 décembre, il ne faisait pas très chaud.

 

Je remontais la Grande Rue luisante d'humidité. Les réverbères l'habillaient de leur couleur opaque. La brume dominait.

 

Un peu avant la Place, je distinguais au loin et de dos, un drôle de bonhomme dans un costume rouge avec des bandes blanches. Il remontait difficilement la Grande Rue et semblait porter une hotte lourdement chargée. Une vague pensée me traversait l'esprit, mais je la rejetais aussitôt. Le Père Noël dans les rues de Lasalle ? A cette heure là ? Et précisément cette nuit là, une nuit aussi banale qu'une autre ?

 

Je rejetais naturellement cette éventualité au moins pour deux raisons : d'abord chacun sait que le Père Noël n'existe pas. La seconde me paraissait encore plus décisive. Nous n'étions pas du tout le jour de Noël.

 

Intrigué malgré tout par l'individu qui se fondait dans le brouillard, je décidai d’accélérer le pas pour tenter de le rejoindre. On aurait dit qu'il le sentait, car lui même marchait de plus en plus vite. La distance qui nous séparait ne diminuait pas. J'en conclus qu'un petit footing nocturne s'imposait. Chacun connait les bienfaits de la course et l'homme n'est-il pas naturellement coureur (la femme aussi naturellement) ? Je partis donc en petites foulées. Comme par hasard, le type choisit justement ce moment pour se sentir également l'âme coureuse. De plus en plus curieux, j'accélérais. Lui aussi.

 

N'y tenant plus je passai à la vitesse supérieure et j’atteignis rapidement mon niveau de rendement maximum. Je courais aussi vite que je le pouvais. Le désormais suspect, m'imita. Je ne sais si ma pointe de vitesse était supérieure à la sienne ou s'il se trouvait handicapé par sa hotte, toujours est-il que je parvins finalement à le rejoindre à la hauteur de la fontaine de la Croix.

 

Je l'interpellai en l'attrapant par le bout de la hotte. Il faillit perdre l'équilibre, mais je le retins. Il se retourna. Son visage ne respirait pas la sérénité. Ses yeux roulaient en tous sens, il voulut parler ou crier, mais nous étions tous deux très essoufflés. Au bord de l'asphyxie, aucun de nous ne put décrocher un seul mot. Face à face, nous cherchions à éliminer les spasmes d'une respiration chaotique. Malheureusement, je fus désavantagé dans cet exercice. Sa vue me coupa carrément le souffle. Il était l'exacte copie du Père Noël telle qu'on peut le voir illustré dans tous les bons magazines spécialisés.

 

Ce fut donc lui qui m'apostropha :

 

  • - Que me voulez vous, vous allez me foutre la paix !

 

Après un long moment passé à faire cesser mes halètements poussifs, j'articulai péniblement :

 

  • - Mais... vous êtes ...vraiment... le... Père Noël ?

  • - Qu'est ce qui vous fait croire une chose pareille ?

  • - Ben votre costume rouge avec un liséré de fourrure blanche, vos cheveux et votre barbe assortis au liséré, votre teint de vieil homme rougeaud à moitié alcoolique, votre ceinture de cuir noir, vos bottes... tout quoi.

  • - Et ça vous suffit pour me déclarer Père Noël ?

  • - Ben oui, heu je…

  • - Ben oui heu je quoi ?! M'imita-t-il goguenard. Vous verriez un uniforme de gendarme vous diriez que c'est un gendarme, un uniforme de pape que c'est le pape, ou une femme en tutu et vous diriez que c'est une danseuse ? Vous croyez vraiment que l'habit fait le moine ?

  • - S'il ne le fait pas, on peut dire malgré tout que, sans habit, il n'y aurait pas de moine, ni de pape, ni de gendarme, ni de danseuse... lui fis-je judicieusement remarquer. J'avais repris toutes mes facultés respiratoires.

  • - Si vous voulez, vous marquez un point, reconnut-il.

  • - Heureux de vous l'entendre dire, Père Noël, reprenai-je avec un peu plus d'assurance. Mais que faîtes vous là aujourd'hui ? Ce n'est ni le lieu ni le moment ?

  • - Il me semblait vous avoir dit que je n'étais pas le Père Noël... Il faut vous le répéter combien de fois ?

  • - Mais alors qui êtes-vous ?

  • - Chut... je ne peux pas vous le dire...

  • - Je ne le répéterai à personne, je vous en donne ma parole.

  • - Ils disent tous ça.

  • - Oui mais moi c'est vrai.

  • - Ils disent tous ça aussi. La dernière fois que j'ai cédé, c'était avec un tout petit gamin, mignon comme tout. On lui aurait donné le bon dieu sans confession. J'ai fini par lui dire qui j'étais. Quelques minutes plus tard, je me suis rapidement vu entourer par une foule hystérique qui voulait m'arracher ma hotte et la piller sans vergogne. J'ai failli rentrer à poils.

  • - Ah vous voyez bien que vous êtes le Père Noël !!!

  • - Mais vous y croyez vous, au Père Noël ? Un grand garçon comme vous.

  • - Non, bien sûr que non.

  • - Alors pourquoi voulez-vous à tout prix que je le sois. Vous êtes très incohérent !

  • - Alors dîtes-moi qui vous êtes et je ne vous embêterai plus !!!

  • - Et si je ne le dis pas ?

  • - Je hurle, je réveille tout le monde, j'attire les foules : ˝V'la l'Père Noël !!!! V'là l'Père Noël !!!˝

  • - Mais taisez-vous donc, vous êtes dingue ou quoi ?

 

Le bonhomme se sentit coincé. Il finit par lâcher...

 

  • - C'est bon, je n'ai pas le choix, je vais vous dire qui je suis mais je compte sur votre discrétion.

  • - Je serai muet comme une bombe, je veux dire une tombe.

  • - Ce que je vais vous révéler est franchement explosif.

  • - J'avais anticipé par lapsus interposé.

  • - Je m'appelle Sinterklaas, je suis d'origine hollandaise. Il y a quelques hollandais par ici. Vous le savez. Dans mon pays d'accueil aux Etats-Unis on m'appelle Santa Claus. C'est le même nom.

  • - C'est pas le nom du Père Noël ça ?

  • - Un homonyme peut-être...

  • - Moi je suis éleveur de rennes. Je les adore. Je donne un nom à chaque bête de mon troupeau. Il y a Fougueux, Danseur, Fringant, Rusé, Comète, Cupidon, Tonnerre, Éclair… C'est pas facile de trouver un nom pour chaque bête. Mais je reconnais chacune d'entre elles.

  • - Mais si je ne me trompe ce sont bien les noms des rennes du Père Noël ?

  • - Pure coïncidence.

  • - Mais qui êtes-vous, que faîtes-vous là ?

  • - Je suis aussi représentant multi cartes. Je travaille pour de très grandes marques : des sodas gazéifiés, des pneus, des stylos...

  • - Et vous comptez faire beaucoup d'affaires dans le coin ? Il n'y a pas grand monde en hiver ici. Beaucoup restent dans les grandes villes.

  • - Je verrai, mes patrons m'ont envoyé ici.

  • - Et vous vous promenez la nuit pour faire des affaires ? Ce sont aussi vos patrons qui vous ont recommandé ce mode de vente ?

  • - Oui.

  • - Vous m'étonnez de plus en plus. Ne dit-on pas que l'image du Père Noël a été récupérée par Watermann, Michelin... Coca Cola lui a donné sa forme la plus récente... Et puis ces traces de suie sur vos vêtements... C'est sûr, vous êtes bien le Père Noël.

  • - Décidément vous êtes têtu.

  • - Plus vous mentez, plus vous m'intriguez.

  • - Bon, je vois que je ne vais pas pouvoir jouer au plus fin avec vous. Je m'appelle Nicolas de Myre et je suis un pauvre voyageur déguisé en Père Noël pour demander l'hospitalité.

  • - Vous continuez à vous moquez de moi. Nicolas de Myre est ce personnage dont la légende dit qu'il sauva trois enfants du saloir1. Sa relique aurait fait des miracles en Italie. C'est le fameux Saint Nicolas, fêté un peu partout le 6 décembre dans l'Est de l'Europe et qui fait figure de Père Noël. Bientôt vous allez dire que vous vous appelez Julenisse, le lutin nordique pourvoyeur de cadeaux en hiver, ou Gargan, ou Odin comme les dieux celte ou viking qui jouaient le même rôle ?

  • - Comment avez-vous deviné ?

  • - Je vous ai prévenu, si vous continuez, je crie.

  • - Bon d'accord, j'avoue, je suis un espion.

  • - Un espion ? Mais vous trouvez que c'est discret comme déguisement ,

  • - Justement, je suis tellement voyant que personne ne peut me prendre pour un espion.

  • - Et vous espionnez quoi ?

  • - Selon certaines informations qui me sont parvenues par des voies détournées et discrètes, il y aurait dans votre pays des plantes anciennes et méconnues qui seraient des sources d'énergie remarquables. Elles soignent, elles donnent de l'énergie, elles sont pleines de vitamines et en plus elles seraient délicieuses... On n'aurait plus de besoin de pétrole, ni de nucléaire.

  • - Vous n'êtes pas un adepte du gaz de schiste vous au moins ? Vous ne venez pas espionner pour le compte de Total ?

  • - Mais non, des plantes, je vous dis.

  • - Quelles plantes ?

  • - Des plantes...

  • - Vous croyez qu'avec une telle réponse je vais vous plantez là ?

  • - Si je vous dis quelles plantes, je suis un homme mort.

  • - Mais si tu ne le dis pas c'est pareil, mais tout de suite, lui répondis-je hors de moi. Je te plonge la tête dans la fontaine de la Croix jusqu'à la noyade complète et définitive. A toi de choisir.

  • - C'est une mixture de plantes diverses : champignons, picride, cornouilles, chardons, la potentille des Cévennes, le plantain argenté, les salsifis à feuilles de poireau, la luzerne commune...On y met aussi de la sauge, de l'achillée millefeuille, de la consoude ou de l'armoise...

  • - On t'a rencardé sur d'autres sources d'énergie ?

  • - Oui, les moutons et les chèvres qui diffusent une énergie incroyable sous forme de méthane rien qu'en pétant sans parler de leurs déjections. Ils fournissent aussi de la laine, des fromages, de la viande...

  • - Et encore ?

  • - Il y a l'art aussi. On m'a rencardé sur des artistes qui diffusent une énergie incroyable sous forme de chants, d'arts plastiques, d'écriture, de théâtre, de cinéma... On appelle ça l'énergie spirituelle... Et puis il y a toutes sortes d'activités dynamiques : des artisans, en tous genres, des commerçants...

  • - Qui t'a mis sur ce coup ?

  • - On m'a donné des noms...

  • - Qui a balancé ?

  • - Je ne connais pas son vrai nom ? On l'appelle Le Grillon. Ce doit être un nom d'emprunt.

  • - Il t'a donné des contacts ?

  • - Oui.

  • - Lesquels ?

  • - Des spécialistes qui savent et qui pratiquent... Je me préparais à aller les voir incognito. J'ai donné des rendez-vous la nuit pour ne pas me faire remarquer.

  • - Qui t'a dit que c'est efficace ?

  • - Toujours ce Grillon.

  • – Qu'est ce que tu transportes dans ta hotte.

  • - Non laisse ma hotte tranquille !

  • - On dirait que c'est bien lourd.

 

Je commençais à tirer dessus pour l'abaisser à ma hauteur. Mais le bougre faisait contrepoids et je ne parvenais pas à me rendre compte du contenu de son chargement.

 

  • - C'est rien, des livres.

  • - Quels livres ? Qui te les a donnés ? Il faut t'arracher les vers du nez ?

  • - C'est toujours Le Grillon. C'est mon seul contact ici... Je t'le jure. Ce sont des livres dans lesquels il y a 20 portraits de personnes qui habitent ici. Je veux les ramener à mes supérieurs pour qu'ils se rendent compte de l'énergie accumulée ici, ˝Fous des Cévennes˝.

  • - Quoi ?

  • - C'est le titre du livre : ˝Fous des Cévennes˝.

  • - Mais que vont faire tes services avec ces informations ?

  • - Ils comprendront les raisons du dynamisme du village et en feront bénéficier tous nos agents. Une fois cette énergie inoculée, nos agents seront les maîtres du monde. A nous les richesses, à nous le pouvoir. La planète entière sera à nos pieds. Et tout ça grâce à moi, l'agent 000.

  • - On se calme, on se calme, agent triple zéro. Ecoute-moi bien, je te propose un marché. Tu te sens bien ici ?

  • - Oui je sens déjà toute cette énergie m'envahir, me transformer, m'électriser...

  • - Et tu aimerais te sentir tout le temps comme ça ?

  • - Oh oui bien sûr, qui ne le voudrait pas ?

  • - Alors tu ne dis rien à tes chefs et je te cache ici. Tu profites du climat, du bon air et tu nous laisses tranquille.

  • - Mais je vais être recherché, liquidé pour trahison ?

  • - T'inquiète, il y a des caches introuvables qui datent des camisards. Bien sûr tu devras passer pas mal de temps dans un faux placard mais à la longue, ils t'oublieront et ils passeront à autre chose.

  • - Oh ils ne lâchent pas aussi facilement.

  • - On leur fera croire que leurs agents envoyés ici se dissolvent spontanément dans l'air du pays et qu'ils disparaissent à jamais. Ils n'enverront plus personne.

  • - Tu me tentes... Et puis que feront mes chefs s'ils deviennent maître du monde ? Rien de bon sans doute. Un maître du monde peut-il bien se comporter ?

  • - Tu vois bien. On peut se mettre d'accord.

 

Et c'est ainsi que nous rentrâmes bras dessus bras dessous avec ce nouvel arrivant, tout prêt à s'intégrer à la vie du village. Aux alentours du 25 décembre, tout le monde pouvait voir de nombreux et mystérieux Père Noël aller et venir un peu partout. Sans doute d'autres agents à la recherche de triple zéro. Ils restèrent le temps de Noël puis ils disparurent.

 

Le danger passé, notre nouvel ami eut une vie longue et heureuse parmi nous.

 

L'histoire ne dit pas s'il eut plein de petits enfants lasallois.

 

Gérard Feldman

1La légende dit qu'un boucher attrapa trois petits enfants perdus, les découpa et les conserva dans son saloir. Nicolas de Myre qui passait par là, les ressuscita et les sauva. C'est ainsi qu'il devint le fameux Saint Nicolas.   

 

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     de Saint Hppolyte du Fort !                          (février 2015)

 

 

   

 

    


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